La RIO c'est fini. J'en reviens fatigué (un peu) et déprimé (beaucoup).

Ca a commencé de manière enthousiasmante et prometteuse par l'occupation d'un temple de la consommation débridée (le centre commercial Italie 2 à Paris) et sous forme de convergence des luttes (Gilets jaunes, Comité Adama, manifestants hong-kongais, Pablo Servigne...). Même si le mouvement n'occupait qu'un petit espace du centre commercial, si cette occupation n'a pas duré, j'ai regretté de ne pas être présent pour ce moment porteur de sens (centre commercial et convergence des luttes).

Quel bilan tirer pour le reste de la semaine à laquelle j'ai participé ? Etait-ce un premier gros rendez-vous national réussi ? Sans doute cela dépend-il des objectifs de cette semaine de rébellion...

  • Faire masse

Nous étions donc 2 000 personnes selon Reporterre sur la place du Châtelet lundi. Maigre bilan pour une mobilisation nationale prévue plusieurs mois à l'avance, d'autant plus si on compare au rassemblement homophobe de la Manif pour tous de la veille (estimation à 75 000 personnes selon le cabinet Occurrence). Honorable si on considère qu'il s'agit exclusivement de militant·es d'un mouvement très jeune.

La convergence des luttes n'a pas vraiment eu lieu, malgré la présence de quelques gilets jaunes.

  • Etre ensemble

Indéniablement une réussite : la preuve que nous savions nous organiser. La logistique ça nous connait (toilettes sèches, cantine, équipements de blocage, base arrière juridique, street médics, bulle de soin...).

C'est également l'intérêt de ce type de rencontres : passer du temps avec des allié·es, se connaître, se reconnaître, au passage se charger d'énergie. Et par la même occasion, créer de nouveaux groupes affinitaires pour de futures actions, pas forcément estampillées XR.

C'est une des choses à laquelle je pensais être le plus hermétique chez XR : la culture régénératrice. Et force est de constater que j'y ai pris goût. Ca fait du bien cette bienveillance (fût elle Bisounours), ce souci de l'autre, ces moments de tendresse et de câlins à se prendre dans les bras l'un de l'autre. Je dois trop être en manque d'affection.

  • Obtenir une couverture médiatique

Si cela faisait partie des objectifs, force est de constater que c'est raté. Hormis les médias spécialisés (type Reporterre qui a largement ouvert la mobilisation), la semaine de rébellion a bénéficié d'une large indifférence médiatique.

Cela dit, est-ce vraiment souhaitable ? Nos actions doivent-elles être guidées par l'obsession de la communication à tout prix ? de la recherche de belles images ? Sans compter que cela prend du temps. J'ai par exemple pris part à l'affichage du symbole d'XR au sommet de l'arc de triomphe de l'étoile. La préparation de cette action a nécessité des repérages, des heures de discussion, de préparation... pour un résultat plus que mitigé.

Reste qu'il y avait des sujets pour les médias. Il s'en est passé des choses, par exemple :discussion-débat avec un habitant de la ZAD de NDDL, discussion-débat sur la question de la violence, méditation, occupation d'un McDo, atelier jeu sur la fresque du climat, installation d'une cabane de Gilets jaunes, écriture de tags, intervention et échanges avec Carola Rackete, la capitaine du Sea Watch 3 qui patrouille en Méditerranée, couverture de pub dans le métro, batucada, chorale, fanfare...

  • Engager un rapport de force politique

Il existe une grande variété d'actions possibles pour un mouvement de luttes émancipateur. Tracter sur un marché ce n'est pas effectuer un blocage. Manifester (classiquement ou de manière festive ou originale) ce n'est pas saboter des équipements de chantier. J'ai pu dans le passé participer à différents types d'actions, je sais aujourd'hui ce que je ne veux plus faire et au contraire là où je préfère consacrer mon temps et mon énergie.

La stratégie principale pour cette semaine de rébellion était le blocage. Et là encore, un blocage d'un espace public (rue, place...) n'est pas un blocage d'un lieu de pouvoir public (Assemblée nationale, palais de l'Elysée) ou privé (siège de la FNSEA, de Total, centre commercial, usine pétrochimique...). Et même parmi les lieux publics, une place n'est pas un aéroport (si celui-ci a encore la chance d'être public). Dans chaque cas, l'objectif n'est pas le même, le public touché n'est pas le même et le rapport de force n'est pas le même non plus.

Le rapport de force n'était sans doute pas l'objectif de l'occupation du Châtelet et c'est très certainement pour cela qu'XR a bénéficié d'une relative bienveillance des forces de l'ordre. Même si on n'est jamais surpris par un syndicat comme Synergie Officiers qui insultent copieusement XR et ses militant·es :

Cette bienveillance policière tient aussi à la sociologie des rebelles : éduqués, jeunes, blancs... Soit une classe de privilégié·es, qui n'a jamais eu à subir les violences policières, le racisme d'Etat. Et parce que nous bénéficions de ces privilèges, à nous peut-être d'en profiter pour monter en rébellion, pour faire ce que tout le monde ne peut pas se permettre aujourd'hui du fait de l'inégalité devant la police et la justice.

 

Bref, nous n'avons pas fait peur.

 

Qu'est ce que je fais de tout ça ? Qu'est ce qu'on fait de tout ça ?

Je n'ai jamais été écolo. Je veux dire par là que je n'ai jamais été convaincu par les Verts. Mon sujet a presque toujours été le capitalisme

J'ai rejoint XR par opportunisme. Je n'ai pas été attiré plus que ça par les valeurs et les revendications, mais plutôt par l'envie partagé d'agir, de faire et non plus de manifester, débattre, convaincre... Il s'agit d'une choix stratégique : si la meilleure façon du moment de faire tomber le capitalisme c'est de faire masse contre la crise écologique et climatique, dont acte. Fonçons !

Fonçons oui, et si c'est avec XR, alors fonçons de manière non-violente. Et ce qu'a donné à voir la RIO, s'il en était besoin, c'est bien que la définition de la violence ne fait pas consensus. Qu'est ce qui est violent ? Qu'est ce qui ne l'est pas ? Par exemple ci-dessous, violent ou non violent ?

  • occuper une place publique
  • effacer une inscription en hommage à Selom et Matisse, morts suite en 2017 à Lille suite à une course-poursuite avec la police
  • chanter en anglais
  • faire une minute de silence en hommage aux policiers morts sans en faire une en hommage aux victimes de violences policières
  • réduire les effectifs dans les hôpitaux
  • dégrader un panneau publicitaire
  • fliquer les chômeurs et chômeuses

Je ne considère pas que la non-violence est un dogme et que la violence est à prohiber. Bien au contraire. Et actuellement, j'ai du mal à voir ce qui dans le consensus de non-violence d'XR (pas de dégradation par exemple) pourra engager réellement le rapport de forces.