1 mois déjà. Mais putain il est où ?

En attendant de le retrouver (ou plus certainement, de retrouver son corps), on en apprend chaque jour un peu plus. Via Libération par exemple :

La plupart des policiers ont arrêté d’avancer et se regroupent à quelques mètres du bunker. Au fond, encore plus à l’ouest, là où se trouvait auparavant le reste de la foule, un nuage de lacrymogène se déplace lentement. A plusieurs reprises, des personnes crient «y a des mecs à l’eau», «y a des mecs dans la Loire». La charge a débuté depuis à peine deux minutes. Malgré ces avertissements, de nouvelles lacrymos sont tirées en direction de la route, mais aussi de la Loire. «Il va y avoir un drame, arrêtez», plaide un jeune auprès des policiers. Un agent rétorque : «Qu’ils arrêtent de nous caillasser alors.»
Durant plus de vingt et une minutes, les policiers ont donc utilisé continuellement des grenades lacrymogènes en direction du fleuve. Pourtant, les autorités ont été averties dès le début de la charge du risque encouru, puis du fait que des personnes étaient tombées à l’eau. Ces informations sont-elles remontées à la salle de commandement ? Le préfet ou, à défaut, son directeur de cabinet ont-ils suivi l’opération ? Ont-ils ordonné l’usage de gaz lacrymogène en grande quantité ? Ont-ils approuvé le recours au Taser, aux grenades de désencerclement, au LBD40 (dont l’emploi a été officiellement reconnu) ?

Des juristes tentent de faire un état des lieux de la situation, une mise en contexte :

S'agissant de la disparition de Steve, en terme d'enquête(s), qu'avons nous ?

Rapidement l'ouverture, par le parquet, d'une enquête, confiée à un.e ou plusieurs juges d'instruction semble-t-il, pour "recherche des causes de la disparition". ET PUIS C'EST TOUT (jusqu'à récemment).

Notons également : pas de communication presse du parquet, pourtant désormais prompt à communiquer (comme il est seul habilité à le faire) lorsqu'une affaire prend un tour médiatique.

Mais ils peuvent faire quoi, dans ce cadre procédural les juges d'instruction ? bah je vais vous dire : faire rechercher Steve, ou plutôt sa dépouille (je pense que nous savons tou.te.s qu'en réalité de "disparition" désormais, il s'agit bien de mort.)

Puis, lorsque celle-ci aura été retrouvée, faire procéder à une autopsie et des analyses, qui, incroyable, nous apprendront probablement que Steve sera décédé par noyade.

Et puis récupérer le maximum de vidéos de la soirée et de la charge policière, pour tenter de localiser Steve, le voir, le localiser et reconstituer ses dernières heures, ses dernières minutes. ET PUIS C'EST TOUT.

Ensuite les juges d'instruction rendent leur copie, donnent les éléments MAIS C'EST LE PARQUET QUI GARDE LA MAIN POUR LA SUITE.

Ici le parquet pratique maintenant (puisqu'évidemment des personnes se sont mobilisées et ont déposé des plaintes) une autre technique bien connue d'annihilation de toute efficacité d'enquête : inertie et saucissonnage.

Car qu'apprend-on ? Que le 10 juillet semble-t-il, soit près de 3 semaines après les faits et la révélation quasi immédiate d'une intervention hautement problématique des FdO, le parquet ouvre "une enquête préliminaire des chefs de violences volontaires par personnes dépositaires de l'autorité publique et mise en danger de la vie d'autrui" confiée à l'IGPN.

En parallèle, parce qu'évidemment les policiers aussi s'organisent, il lance une enquête préliminaire qu'il confie à la PJ, pour des "violences volontaires sur personnes dépositaires de l'autorité publique" (des jets d'objets apparemment).

En apparence, tout est clean. SAUF que beaucoup de temps a été perdu, que plein d'autorités et de services différents sont saisis, dont les services de la PJ dont les collègues sont mis en cause, qui vont pouvoir placer en GAV d'éventuels témoins qui auraient des choses à dire contre la police, vous voyez...

Et nous avons des juges d'instruction dont le champ d'investigation est totalement limité et mis en concurrence avec celui des services de l'IGPN et de la PJ qui eux restent sous la direction du parquet, et disposent de cadres d'enquêtes coercitifs.

Cela aurait été tellement plus simple de saisir d'emblée les juges d'instruction, en plus de leur enquête pour recherche des causes de la disparition (il ne paraît pas délirant de s'assurer du sort de Steve en premier lieu) d'une enquête pour mise en danger d'autrui et violences afin qu'ils disposent d'un cadre procédurale suffisamment large pour enquêter de façon efficace et complète sur l'ENSEMBLE de la séquence. Mais non : cadre procédural foireux, inertie, saucissonnage. Devinez à quoi tout cela va aboutir ?

On observe avec colère et chagrin les mouvements de la police :

Et on se laisse aller à chialer devant ce futur mort de plus, devant tant d'absurdité ou devant les mots d'une ancienne ministre écologique :

Le chagrin esseulé des amis de Steve me bouleverse. Je n’écris ici qu’en mon nom. Mais nous devons chercher Steve, le trouver et comprendre. Comprendre comment aujourd’hui on peut décider de tant d’actions de maintien de l’ordre qui ne maintiennent en rien l’ordre, qui abîment policiers et gendarmes ceux-là même qui ont fait le choix de se mettre au service de leur pays, qui laissent la bride sur le cou à ceux qui ont perdu la mesure de leurs responsabilités, qui blessent et déchirent chaque jour un peu plus une société minée par les inégalités qui s’aggravent et la crise climatique qui fait tournoyer au-dessus de nos têtes la menace d’un avenir invivable pour nos enfants.
Nos enfants qui ne demandent qu’à danser au bord du fleuve les nuits d’été.