On est dans la merde, ça on le sait depuis longtemps maintenant. Et plus encore, on le sent, on le ressent jusque dans nos corps.

On a une responsabilité inédite, pour nous, pour celleux d'aujourd'hui qui ne peuvent pas se permettre de prendre des risques, pour celleux de demain, pour les fragiles, les pauvres, les faibles, les précaires, pour celleux qui subissent déjà de plein fouet les conséquences du capitalisme et de la crise écologique.

On parle de plus en plus d'effondrement, d'un phénomène systémique qui mettra fin à notre mode de vie actuel, du fait de la rupture de l'approvisionnement des flux de marchandises et de ressources (nourriture, eau, électricité, carburant...). L'eau qui coule quand on ouvre un robinet, l'électricité qui apparaît quand on actionne un interrupteur, la nourriture naturellement disponible au supermarché... ne vont plus de soi. On pense avoir dompter la pénurie mais on se trompe.

Et dans un même temps, cet avenir vient réactiver plus que jamais la lutte des classes du fait de l'inégalité d'accès aux premières ressources indispensables, de l'inégalité sociale face aux catastrophes présentes et futures. Nos riches l'ont bien compris, qui investissent dans des îles artificielles pour échapper au réchauffement ou louent les services d'une société spécialisée dans la sécurité (préparation aux combats urbains, extraction de zones de conflit, exercices de tir ou escortes militarisées). Et dans le même temps, 10% des plus riches sont responsables de 50% des émissions de CO2 (source).

Il s'agit maintenant, à défaut de viser la victoire, de viser l'efficacité. Il s'agit maintenant, non pas d'éviter la catastrophe, mais de chercher à limiter son impact, tout en se préparant à ce que cela ne suffise pas.

Dans ces conditions, que faire ? quels modes d'actions choisir ? Sans doute que tout est bon à prendre. Il nous faut faire feu de tout bois, chacun·e à son poste. Il y a des modes d'actions pour tout le monde, tant que c'est efficace. Ce qu'il nous faut créer c'est cette culture de résistance.

Alors oui, des actions de sensibilisation évidemment, qui ne soient pas simplement des marches, mais qui s'inscrivent dans une stratégie clairement définie, qui montrent l'ennemi.

Des actions hors des systèmes institutionnels, qui n'attendent rien d'eux. A ce titre, le système électoral et l'élection en elle-même sont-ils aujourd'hui à la hauteur de la situation ? de l'urgence ? Et si ils l'étaient, si nous étions suffisamment nombreux·ses, nous laisserait-on faire (à ce sujet, lire le bouquin de Julia Cagé sur le Prix de la démocratie ou cette info de l'Obs selon laquelle "plusieurs personnes appartenant à des cabinets d’avocats, des banques-conseils, toutes rémunérées lors de la vente d'Alstom, se retrouvent également dans la liste des donateurs de la campagne d'Emmanuel Macron").

Mais aussi des occupations, des sabotages, des réappropriations (plantons des arbres, partout).

A nous également de préparer l'après, ce monde sans pétrole, sans Etat.

Deep Green Resistance parle de guerre écologique décisive. C'est bien de ça dont il s'agit. A nous d'être à la hauteur et de profiter de ce qui s'annonce.

Et si dans ce monde de mise en concurrence de chacun·e contre toustes, de surveillance généralisée, de réduction systématique de nos libertés et de la démocratie, de néolibéralisme acharné, de racisme décomplexé, de répressions des luttes, si malgré tout ça, on trouvait enfin une raison de se réjouir : et si la fin du capitalisme c'était pour très bientôt ?


MàJ du 28 juillet 2019 : une stimulante réflexion de François Tisson chez Lundi matin.