Je pense parfois souvent très souvent à mon non coming-out vis à vis de mes parents, d’autant plus en ce moment à cause de tous ces marmots, ou plutôt de tous ces parents qui m’entourent. Depuis le temps, j’ai eu des occasions de réfléchir à ce non coming-out, des occasions de trouver quelques éléments de réponses.

Hier soir j'ai regardé Nanette, le spectacle d'Hannah Gadsby. Hanna Gadsby est une humoriste australienne, tasmanienne pour être précise. Le visionnage de son spectacle a été une succession de chocs émotionnels. On rit souvent, on pleure parfois (je pleure parfois en tout cas), on n'est pas toujours d'accord (m'énerve cette dichotomie : laugh is good, anger is bad). On y parle de violence masculine, de comment on vit (ou de comment on vit mal) son homosexualité, de comment on élève ses enfants, de la fonction du rire et de l'humour... et de comment changer le monde pour le rendre meilleur (y a-t-il autre chose qui compte ?). On y parle même d'histoire de l'art, Picasso, Van Gogh...
Résultat : un spectacle comme on en voit rarement. Et qui vous marque (à vie ?). Ca fait plusieurs jours que je l'ai vu et je n'arrête pas d'y penser.

Il y a parfois des bouquins qui nous aident à mettre des mots sur une situation qu'on vit depuis des années sans parvenir à vraiment toucher du doigt ce qui s'y joue. Des livres qui énoncent des thèses à la lecture desquelles on se dit "mais oui putain, c'est exactement ce que je vis, ce que je ressens, merci de l'avoir écrit" et qui nous font voir plus clair, qui nous font avancer plus intelligents, plus sereins, plus en phase avec nous-mêmes.

Nanette est de ce calibre là.

Parmi tous ces chocs, celui ci : on m’a élevé comme un hétéro. On nous élève tous comme des hétéros. Combien de "Et tu as une amoureuse à l’école ?", de "Elles sont jolies les filles de ta classe ?", de "Tu l'as trouve gentille Karine ?". Parmi toutes les histoires qu'on m'a lues, pas une ne m'a présenté un couple homosexuel (quelques idées de livres par ici, et des livres anti-sexistes et féministes par ). J'ai un seul souvenir, très ancré, d’une mention de non hétérosexualité quand j’étais jeune. Elle venait de ma grand-mère. Difficile de dire quel âge j’avais, peut-être 12, 15 ans… Face à moi et à mes cousin(e)s, elle avait mentionné notre future petite amie ou… petit ami, en insistant bien sur le fait que l’un ou l’autre était possible et que ce n’était pas grave.

Alors vous avez Netflix ? Vous n'avez pas mais souhaitez vous abonner pour un mois gratuit sans engagement ? C'est possible en ce moment. Foncez ! Ca s'appelle Nanette, et c'est d'Hannah Gadsby !

Puis discutons-en, échangeons, c'est une expérience que je veux partager.