En ces temps de #MeToo et de #BalanceTonPorc, les discussions (entre amis, entre collègues...) portent parfois plus qu'avant sur les violences faites aux femmes. A ces occasions, on se rend compte que le chemin est encore long à parcourir pour que les mentalités et les comportements changent, tant le harcèlement, le sexisme et la misogynie sont ancrées (accord de proximité !).

Cette note de blog a vocation à (m')aider à accompagner la discussion, à convaincre, à donner des arguments.

Quelques chiffres pour commencer.

En janvier 2017, l'INED (Institut National d'Etudes Démographiques) a publié les premiers résultats d'une enquête sur les violences sexuelles.

Les résultats de cette enquête estiment que sur les 12 derniers mois, 580 000 femmes ont vécu des violences sexuelles (hors harcèlement sexuel et exhibitionnisme), parmi lesquelles 52 500 sont des viols, 37 000 des tentatives de viols et 552 500 d'autres agressions sexuelles :

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Rappelons au passage que le viol est un crime jugé en cour d’assises, et est défini comme « tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu'il soit, commis sur la personne d'autrui par violence, contrainte, menace ou surprise » (article 222-23 CP). Il peut s’agir d’une pénétration vaginale, anale, buccale (fellation), digitale (pénétration avec le doigt) ou d’une pénétration au moyen d’un objet commise sur autrui. Les agressions sexuelles autres que le viol constituent un délit et sont jugées devant le tribunal correctionnel. Elles sont définies comme « toute atteinte sexuelle commise avec violence, contrainte, menace ou surprise » (articles 222-22 et 222-27 CP). Les actes visés peuvent être des attouchements du sexe subis ou à faire, des caresses de nature sexuelle ou une pénétration à faire sur son agresseur.

Un autre aspect de l'enquête s'intéresse plus particulièrement aux viols. On y apprend entre auteurs que c'est au sein de l'espace privée que la majorité des viols en lieu. Presque les 2/3 des viols sur les femmes ont en effet lieu par la famille, un proche ou leur conjoint (1,41+0,74=2,15% pour une proportion totale de 3.26%) :

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Le fantasme médiatique de la joggueuse violée par un inconnu est une réalité bien moins importante qu'il n'y parait.

Ce qui ne signifie pas que les femmes vivent correctement dans l'espace public. Des études montrent d'ailleurs que les femmes ne sont pas statiques en ville, elles ne flânent pas mais sont toujours en mouvement, allant d'un point A à un point B, en particulier parce qu’elles savent qu’elles ne seront pas tranquilles, pourront être importunées.

"Ainsi, un homme peut rester longuement installé sur un banc public alors qu’une femme ne le fera pas. Tout au plus fait-elle des « stop and go », le temps de se reposer un instant, de trouver quelque chose dans son sac."

L'occupation de l'espace public est donc également un réel enjeu, avec en particulier la question de l'aménagement urbain comme les terrains multisports intra-muros ou les espaces de musculation, qui visent en priorité les garçons et créent des espaces d’usages exclusifs.

Un article du Monde pour prolonger : La rue, le fief des mâles.

Sur ce même sujet, le géographe Yves Raibaud explique que la signalétique urbaine et l'espace dans la ville rappellent aux femmes qu'elles ne sont pas prioritaires : très peu présentes sur les noms des voies (ou alors sur des rues mais jamais sur des avenues), représentées seins nus (sur les pubs, sur les statues, assasinées sur des affiches d'opéra...

 

A l'occasion de ce grand chamboulement de rapport de forces qu'est #MeToo, j'avais découvert que la domination masculine s'excerçait massivement aussi dans la conversation. C'est une étude de Corinne Monnet de 1997 (les choses se sont-elles améliorées en 20 ans ?).

Parmi les idées reçues : les femmes parlent plus que les hommes. D'après l'étude en question, c'est faux et ce n'est qu'une impression.

Selon l’opinion communément admise, ce sont les femmes qui parleraient plus que les hommes. Le stéréotype de la femme bavarde est certainement, en ce qui concerne la différence des sexes et la conversation, l’un des plus forts et des plus répandus. Paradoxalement, c’est aussi celui qui n’a jamais pu être confirmé par une seule étude. Bien au contraire, de nombreuses recherches ont montré qu’en réalité, ce sont les hommes qui parlent le plus. Déjà en 1951, Strodtbeck a mis en évidence que dans des couples hétérosexuels mariés, les hommes parlaient plus que les femmes.
Mais comment expliquer un tel décalage entre le stéréotype et la réalité ? Comment se fait-il que, bien que tou-te-s nous nous soyons retrouvé-e-s dans des situations où il était clair que les hommes monopolisaient la parole, si peu d’entre nous en aient profité pour questionner le bien fondé de cette croyance ?
Dale Spender s’est penchée sur ce mythe de la femme bavarde afin d’en analyser le fonctionnement. Ce stéréotype est souvent interprété comme affirmant que les femmes sont jugées bavardes en comparaison des hommes qui le seraient moins. Mais il n’en va pas ainsi. Ce n’est pas en comparaison du temps de parole des hommes que les femmes sont jugées bavardes mais en comparaison des femmes silencieuses (Spender, 1980). La norme ici n’est pas le masculin mais le silence, puisque nous devrions toutes être des femmes silencieuses. Si la place des femmes dans une société patriarcale est d’abord dans le silence, il n’est pas étonnant qu’en conséquence, toute parole de femme soit toujours considérée de trop. On demande d’ailleurs avant tout aux femmes d’être vues plutôt qu’entendues, et elles sont en général plus observées que les hommes (Henley, 1975).

En réalité, le temps de parole effectif est nettement en faveur des hommes.

Une étude faite lors de réunions mixtes dans une faculté montre la différence énorme de temps de parole entre les femmes et les hommes (Eakins & Eakins, 1976). Alors que le temps moyen de discours d’une femme se situe entre 3 et 10 secondes, celui d’un homme se situe entre 10 et 17 secondes.

Et tout le monde contribue à cela dès le plus jeune âge. On conditionne les touts petits.

Les enfants n’ont pas un accès égal à la parole (Graddol & Swann, 1989). Dans les interactions de classe, les garçons parlent plus que les filles. Les enseignant-e-s donnent beaucoup plus d’attention aux garçons. Elles et ils réagissent plus vivement aux comportements perturbateurs des garçons, les renforçant de ce fait. Elles/ils les encouragent aussi beaucoup plus. Les échanges verbaux plus longs se passent majoritairement avec les garçons ainsi que les explications données. Et l’on sait combien il est difficile d’agir égalitairement, même en faisant des efforts. Une étude de Sadker & Sadker (Graddol & Swann, 1989) portant sur cent classes montre que les garçons parlent en moyenne trois fois plus que les filles. Qu’il est aussi huit fois plus probable que ce soient des garçons qui donnent des réponses sans demander la parole alors que les filles, pour le même comportement, sont souvent réprimandées.

Dans 96% des cas, ce sont les hommes qui interrompent les femmes.

Répartition des tâches entre les femmes et les hommes dans le travail de la conversation : https://twitter.com/LudivineDeFe/status/890208119514685440

 

Et les hommes bienveillants dans tout ça ?

Les hommes et le féminisme : http://www.crepegeorgette.com/2017/08/09/insupportable-violence-feminisme/

Christine Delphy : http://lmsi.net/Nos-amis-et-nous

 


Quelques tweets made in #BalanceTonPorc :

Explication : https://twitter.com/MarylinMaeso/status/919535824445825024

En médecine : https://twitter.com/memoiretrauma/status/919559579062751232

Photo en jupe à Lille Flandres : https://twitter.com/journapenelope/status/951740233376321536

Main au cul en entrée de boite : https://twitter.com/cml_phl/status/919598697410912256

Thread des informations, statistiques, réponses à fournir lors de "débats" féministes : https://twitter.com/selibiemas/status/927504215794216960


MàJ du 21 juillet 2018

Dimanche dernire c'était la finale de la coupe du monde de fooball (masculin). La France a gagné, des gens sortaient partout fêter la victoire dans les rues. Ca n'a pas été la fête pour tout le monde. Une twitta a fait l'effort de compiler quelques témoignages de femmes harcelées, agressées, violées dans la soirée de dimanche. A dérouler...