Il devait s'agir d'un examen de routine, un simple contrôle. Je m'absenterai provisoirement du bureau, je serai de retour 40-45 minutes plus tard.

Une manipulatrice radio m'appelle et me guide jusqu'au sas de la salle d'examen, m'invitant à enlever le bas en me tendant un morceau de papier de table d'examen : "Mettez ça !". La fois précédente, je n'avais pas bien compris : "qu'est ce qu'elle veut que je fasse avec ce bout de papier ? ça ne passera jamais comme pagne !?". Je l'avais laissé à côté de moi. Cette fois-ci je tente une autre technique : j'enlève pantalon et boxer, je m'allonge sur la table d'examen et me cache sexe et couilles avec. C'est peut-être ça qu'elle voulait me faire comprendre.

L'échographe arrive et commence l'examen. Il doit avoir la quarantaine, châtain avec de petites lunettes qui lui donnent une bonne bouille sérieuse et bienveillante. En d'autres circonstances je l'aurais trouvé mignon. Ses remarques n'aident pas. "Il y a des choses à l'intérieur" ("oui mais encore... c'est une bonne chose ? une mauvaise ?"), "C'est pas très bon" ("génial, tu peux m'en dire plus ?"), "Vous avez déjà des enfants ?".

On termine l'examen, je peux nettoyer tout le gel qu'il a étalé. Il ne dit rien mais je sens qu'il n'est pas satisfait de ce qu'il a vu. Je peux retourner attendre son compte-rendu dans la salle d'attente, il va regarder dans la "littérature".

Le voilà de retour, sans son compte-rendu. Ce n'est pas bon. Il m'annonce que je devrais aller voir immédiatement un urologue, il en a contacté un qui peut me recevoir tout de suite. Il va sans doute falloir "enlever" (enlever quoi ? le mot ne sera pas prononcé). Il se doute bien que je dois retourner travailler mais si c'était pour lui, il n'hésiterait pas. Il me faut donner une réponse, ce n'est pas le moment de réfléchir. Je n'en ai ni le temps ni la capacité : j'acquiese. Quoi faire d'autre face à l'incitation de l'autorité médicale ?

Il va confirmer mon arrivée à l'urologue et rédiger définitivement ce satané compte-rendu. J'en profite pour contacter mon chef : je ne serai pas de retour au bureau cette après-midi, merde de santé inattendue.

Je repars avec mes clichés et mon compte-rendu direction l'urologue dans un autre bâtiment de la clinique. Il n'a aucune consultation en cours lorsque j'arrive, me voilà assis dans son cabinet.Les clichés de l'échographie ne lui plaisent pas mais une palpation lui donnera plus d'ndications. Mauvaise pioche : la palpation n'indique pas un cancer, aucune dureté au toucher. L'examen clinique n'indique pas un cancer mais l'échographie montrant des irrégularités de structure, la sentence tombe : "Je vous opère mardi". Surprise, l'urologue n'est pas un simple urologue : c'est un chirurgien urologue. Et c'est qu'il y a urgence visiblement. Nous sommes jeudi, mardi prochain je passe sur le billard.

Une incision sera effectué en haut de la région inguinale (il me montre, je n'ai aucune chance de comprendre sinon et je crois que je n'aurais pas eu la présence d'esprit de poser la question). Et il poursuit m'expliquant en quoi consiste l'opération.

Suite à l'opération, une analyse sera effectuée pour vérifier si mon testicule comporte des cellules tumorales ou pas.

Une seule question vient à ce moment. Une seule !? Oui, bien qu'il y en aurait des dizaines des centaines d'autres mais le cerveau a fermé boutique. Alors il entend mais il n'écoute plus vraiment, se contentant de hocher la tête face au chirurgien. C'est étrange comme mon esprit est verrouillé, se refusant de penser et de questionner. C'est comme si mon cerveau ne voulait plus. Pour quoi ? pour me protéger ? m'empêcher de visualiser tout ce qui va m'arriver ? Pendant tous ces instants, je ne suis qu'un robot.

Ne peut-on pas vérifier la présence de tumeur avant d'opérer et n'opérer que si leur présence est avérée ? Ce sera non, impossible.

Lui aussi une question : "est-ce que je veux une prothèse ?". Il semble attendre ma réponse. Je dois le regarder bizarrement car il reprend la parole et attrape quelque chose dans un tiroir : la fameuse prothèse qu'il peut m'implenter en compensation de ce qu'il me retirera. Il me faut de nouveau répondre sans comprendre ni peser les enjeux. Je bredouille un "Oui". Ca semble lui aller, on passe à la suite.

Il faudrait également faire un scanner, pour observer l'étendue des dégâts : suis-je rempli de cellules cancéreuses ou bien la progression est-elle limitée voire inexistante ? L'urologue recontacte donc l'échogrape pour tenter de me trouver une place en urgence au scanner. Moi j'observe tout ça sans bien saisir tout ce qui se passe autour de moi. Ca ne semble pas simple de me caser un examen au scanner en ces temps de congés, d'autant plus que l'un des deux scanners de la clinique est en maintenance (il va être remplacé). Il regarde ce qu'il peut faire.

Tout cette visite dans le cabinet de l'urologue aura durée 10 minutes (en tout cas c'est ce qui m'a semblé). Rapide donc, beaucoup trop rapide quand j'y repense et finalement violent.

C'est à présent avec l'assistante de l'urologue que je dois traiter. La suite du parcours est toute tracée, elle me l'explique. Elle a contacté l'anésthésiste qui va me recevoir en urgence au 5ème étage. Direction ensuite le service de pré-admission au 3ème étage pour préparer ma venue pour l'opération. Je rentre à la clinique le matin, j'en ressors en fin de journée. Elle me tend un formulaire à remplir pour la pré-admission. Une fois que tout ça sera fait, je reviens la voir pour la suite des opérations. D'ici là, elle essaie de confirmer un rendez-vous avec le scanner.

Voilà les appels et SMS des collègues, inquiets de ne pas me voir de retour, qui commencent à tomber. Pas le temps, pas l'envie de leur répondre.