"Un Etat est une communauté humaine qui revendique le monopole de l’usage légitime de la force physique sur un territoire donné."
Max Weber

L'état d'urgence et sa reconduction sans réel débat, les perquisitions administratives, les manifestations interdites, l'assignation à résidence de militant écolo, les matraquages et gazages à tout va...

Serions-nous en train de nous habituer à cette violence légitime ?

Dans ces cas-là, difficile de faire confiance aux médias institutionnels pour s'informer. Reste alors à faire savoir, diffuser, montrer, être son propre média... ce que je vais tenter ici.

Par exemple, ce qui s'est passé dans le métro parisien ce dimanche avec cette tweestory :

Ou avec cette vidéo, toujours le 1er mai :

Avant, il y avait eu ça, le 28 avril au soir, filmé par deux documentaristes place de la République :

 

Ce même soir :

 

Heureusement, ces violences sont critiquées directement par certaines forces de police, et on se rend compte que ce sont en fait des violences policières en bande organisée (oui parce que visiblement, ces violences sont bel et bien organisées) :

Tout est mis en place pour que les manifestations dégénèrent.
Prenons l’exemple du 9 avril. En fin de journée, nous savons qu’un groupe de casseurs dangereux vient d’arriver gare du Nord pour aller perturber Nuit debout, à République. Une compagnie de CRS se trouve sur leur passage, prête à intervenir. Mais l’ordre leur est donné par la préfecture de se pousser dans une rue adjacente ! Les collègues leur signalent l’imminence de l’arrivée du groupe de casseurs. Mais ordre leur est confirmé de les laisser gagner place de la République, avec les conséquences que l’on connaît !
Le message qui est passé, c’est « casseurs venez, vous pourrez agir en toute impunité, et manifestants ne venez plus avec vos enfants, car c’est dangereux pour vous ».

On découvre (ou pas, c'était déjà le cas lors de manifestations à Lyon et à Paris en 2010 où des policiers avaient été filmés infiltrant la CGT ou faisant preuve de complaisance avec les casseurs) au passage que parmi les casseurs se cachaient des flics déguisés. Ci-dessous, près de la place de la Nation, à Paris, en marge de la manifestation contre la loi El Khomri du samedi 9 avril, l’homme à capuche est un policier :

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Face à tout ça, impossible de tenter de différencier simples manifestants et casseurs. La plupart des manifestants, soumis aux lacrymos, aux flash-ball se sentent casseurs et le revendiquent. C'est ce dont témoignait Christophe Gueugneau, journaliste à Mediapart :

ou encore ce long article du Monde démontant le discours officiel sur les casseurs :

« On annonce un nombre d’interpellations, les gens pensent qu’il s’agit de casseurs, mais ça ne correspond pas forcément à la réalité des dossiers », estime Me Raphaël Kempf, un avocat qui, avec d’autres confrères, défend plusieurs dizaines de manifestants dans le cadre de la mobilisation contre le projet de réforme du code du travail.
Les cinq autres personnes déférées devant le juge samedi ont obtenu des renvois : un lycéen, un étudiant et des cheminots de la Confédération générale du travail (CGT). Des individus déterminés à en découdre ? « Les policiers vont à la pêche en fin de manifestation pour faire du chiffre. L’idée, c’est un peu qu’on va payer pour ceux qui ont foutu le bordel », croit Bérenger Cernon, secrétaire général de la CGT des cheminots de Paris gare de Lyon, présent place de la Nation jeudi, lorsque deux de ses camarades ont été interpellés : « Vers 19 heures, l’ordre d’évacuer la place a été donné, et ils ont mis la machine en route comme des bulldozers, à coups de pied, de matraque et d’insultes. J’ai voulu aider mes collègues, mais j’ai été repoussé, plaqué au sol, frappé. »
Pour Bérenger Cernon, l’attitude des forces de l’ordre a connu « un énorme changement » depuis le début du mouvement social. Elle serait aujourd’hui « beaucoup plus offensive ». « Le 28 avril, on s’est retrouvés face à des gaz lacrymogènes comme on n’en avait pas reçu depuis le début, corrobore Eric Sueur, secrétaire de la Fédération syndicale unitaire (FSU), syndicat enseignant, en Ile-de-France. La police a des stratégies qui ne nous paraissent pas claires, lorsqu’elle traverse le cortège ou que des policiers en civil viennent à l’intérieur dans un cadre flou. »
Olivier Fillieule ajoute : « Ce qui paraît frappant ici, c’est ce qui ressemble à une stratégie délibérée de l’autorité civile, consistant à déroger à de nombreux préceptes du maintien de l’ordre, par une présence trop massive d’effectifs, par des manœuvres à contretemps, par la bride ouvertement lâchée sur le cou des hommes du rang, par l’obsession de faire des arrestations avec tous les risques que cela comporte. Les raisons d’une telle stratégie sont ouvertes à interprétation. Mais la recherche délibérée d’un pourrissement de la situation est très difficilement contestable. »
Dans ce contexte, la figure de l’émeutier s’étiole, mise à mal par le témoignage des manifestants : « Il n’y a pas de casseurs qui s’infiltrent et cassent pour le fun, estime un militant syndical rennais qui souhaite conserver l’anonymat. Des gens revendiquent ce mode d’action, ciblent des banques ou des grandes chaînes pour marquer une insurrection. C’est ce qu’on appelle les autonomes. Mais ils ne sont pas en marge du mouvement social, ils sont intégrés aux cortèges. »
Venu soutenir samedi un camarade déféré devant le juge, un groupe d’élèves de terminale S du lycée Sophie-Germain, dans le 4e arrondissement de Paris, corrobore : « Le gouvernement parle de méchants casseurs en marge de la manifestation pour décrédibiliser notre mouvement. Nous sommes organisés, indépendamment des syndicats, et c’est ce qui fait peur au gouvernement. » Ces lycéens ont fait presque toutes les manifestations depuis le début du mouvement social : « Maintenant, tout le monde met des foulards et des masques. On se fait tous matraquer et gazer à la même enseigne. Et quand les policiers encerclent la manifestation et nous bloquent pendant deux heures, c’est énormément de pression et une colère qui monte de plus en plus. »

 Chez Julien Salingue : Il y a quelque chose de – vraiment – pourri dans le royaume de France.