Je suis fraîchement syndiqué (depuis avril dernier), à la CFE-CGC, syndicat loin d'être révolutionnaire.

Pourquoi syndiqué ? Déjà parce ça me travaillait depuis plusieurs années (j'avais tenté de contacter Solidaires à plusieurs reprises, sans succès). Et parce que nous avons été racheté il y a peu par un grand groupe qui dispose de nombreux accords groupe, que nous n'avions plus de délégué syndical depuis plusieurs années et donc plus de NAO (Négociations Annuelles Obligatoires), que nous avions de nouvelles élections de représentants du personnel et que ça tombait donc bien.

Pourquoi à la CFE-CGC ? Parce qu'ils m'ont contacté, écouté, qu'ils se sont intéressés à mon entreprise, à ce qu'on faisait, combien on était, comment on travaillait... ce que n'a pas fait le coordonnateur groupe de la CGT, qui n'a parlé que de lui et de la CGT en ne me questionnant à aucun moment. Ca a suffit. Et pourtant je ne suis pas d'accord avec bon nombre des décisions nationales de la CFE-CGC (à commencer par sa position sur l'ANI du 11 janvier 2013). Mais je ne suis pas un paradoxe près.

Résultat : nous sommes deux syndiqués dans mon entreprise (sur un effectif d'un peu plus de 90 employés) et je suis le seul délégué syndical. A ce titre, je suis le seul à pouvoir négocier des accords avec notre patron, et c'est le cas en ce moment pour les NAO. Les NAO ? Ca brasse large : les salaires, les rémunérations au sens large (primes, tickets resto, intéressement...), le temps de travail...

Comment je veux m'organiser ? Déjà trouver du temps, et le prendre pour se poser, réfléchir, étudier les résultats, faire le bilan des augmentations sur les dernières années...

J'ai surtout du mal avec cette ambivalence (pour ne pas dire ce paradoxe) dont j'ai du mal à me sortir, partagé entre, d'un côté le rejet de tout support des autres salariés (après tout si personne n'a envie de s'y coller et que je me retrouve seul, je ne vois pas pourquoi je les écouterais, si vous avez quelque chose à dire, mouillez-vous, vraiment, syndiquez-vous, participez aux élections) et de l'autre la légitime nécessité de consulter, d'écouter et d'entendre ce que les gens veulent ou aimeraient, ce que les anciens (dont certains ont déjà participé à des NAO) peuvent apporter comme expérience. Reste que je suis seul, dans une entreprise de 95 salariés. Un peu l'impression de me battre tout seul. Pas forcément de ne pas être supporté, mais en tout cas d'être supporté par une masse invisible et surtout inactive.

La première réunion est le décembre. J'en suis prévenu par mon patron. Le but de cette première réunion est de me présenter le bilan des dernières augmentations de salaires. En tant qu'unique délégué syndical, je suis supposé être seul face à mon patron et à la responsable RH. Je décide néanmoins de me faire accompagner d'un collègue durant toutes les réunions de ces NAO. Il n'aura pas le pouvoir de décision (je serai le seul à signer ou non un accord) mais il pourra participer aux discussions.