C'était le 12 novembre 2012 : l'Union Européenne recevait le prix Nobel de la Paix. Depuis, et notamment à l'occasion des derniers rebondissements dans la gestion de la crise grecque par le gouvernement Tsipras, elle n'a pas démérité. Petit florilège.

Début juillet, le FMI publie un rapport dans lequel il précise qu'il ne voit que deux solutions pour résoudre la crise grecque : soit rallonger les délais de paiement de la dette grec de quarante ans "avec une période de grâce sur les taux d’intérêt de… vingt ans", soit procéder à un effacement de la dette de l’équivalent de 30 % du PIB. Apporter de l'eau au moulin du gouvernement Tsipras, les membres européens s'y refusent et s'interrogent en conseil d'administration sur l'opportunité de publier une telle proposition.

Le président de l'Eurogroupe (Dijsselbloem) à Vafourakis : "Soit vous signez le mémorandum, soit votre économie va s’effondrer. Comment ? Nous allons faire tomber vos banques." C'est raconté chez Mediapart :

Dijsselbloem

Varoufakis_Schauble

Dans le rôle du grand démocrate en chef, on retrouve aussi Jean-Claude Juncker qui affirme qu'"il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens". Et force est de constater qu'il a raison.

L'accord du 12 juillet contenait entre autres, ce superbe article :

Le gouvernement doit consulter et obtenir l’accord des institutions sur tout projet de loi dans certains domaines importants (...) avant de le soumettre à une consultation publique ou au Parlement.

Voilà ce qui est imposé par la Troïka à la Grèce : un deni de démocratie et de reconnaissance des instances souveraines du pays. Avec en prime, une idée lumineuse (qui sera refusée par Alexis Tsipras) : les 50 milliards issus des privatisations exigées à la Grèce devaient être transférés dans un fonds situé dans le paradis fiscal luxembourgeois et être géré par l’Institution pour la croissance, un organisme de la banque KfW (l’équivalent de la caisse des dépôts allemande). Cette banque, par un hasard incroyable, est présidée par... Wolfang Schäuble et vice-présidée par... Sigmar Gabriel.

Le voile se lève sur le fonctionnement des institutions, sur le rôle de chacun de ses acteurs. D’abord son opacité, les réunions de l’Eurogroupe, organe légitimité par la seule acceptation de son existence par ses membres, se tiennent dans le plus grand secret.

Quelles leçons en tirer ? Sortir de la zone Euro ? Sortir de cette Europe ? Sans doute, et au plus vite. Ce que nous enseigne et nous confirme cette nouvelle épreuve, c'est qu'il n'existe pas de solution dans le cadre de ces institutions. Il n'y a pas de place pour une voie réformiste (ni même démocratique).

Ils ont tué l'Europe et le rêve européen.