J'ai acheté et lu Poésie du gérondif de Jean-Pierre Minaudier. Je conseille. Morceaux choisis.


Une langue ergative est une langue où le sujet des verbes intransitifs est marqué comme le complément d'objet direct des verbes transitifs, tandis que le sujet des verbes transitifs est marqué différemment ; par opposition, une langue accusative est une langue où le sujet des verbes intransitifs est marqué comme le sujet des verbes transitifs, tandis que le complément d'objet direct des verbes transitifs est marqué différemment.

Prenez le basque :

Le chat marche. Katua dabil.

Le chat a tué la souris. Katuak sagua hil du.


Une langue à tons est une langue où une même syllabe peut se "chanter" sur plusieurs notes différentes (ou sur différentes mélodies représentant le passage d'une note à l'autre) et où cela compte pour le sens des mots.


Dans une phrase affirmative, en français l'ordre normal est : sujet - verbe - complément d'objet direct (SVO : "Le chat mange la souris"). [...] Environ 40% des langues fonctionnent comme le français, mais à peu près aussi nombreuses sont celles qui ont l'ordre SOV ("Le chat la souris mange"), dont le turc, le japonais le bambara, l'amharique (langue officielle de l'Ethiopie), le quechua. [...] Plus rares, mais cependant bien attestés, sont les ordres VSO ("Mange le chat la souris" : arabe classique, langue de Yap, tahitien, tamashek, nahuatl) et VOS ("Mange la souris le chat" :langues du nord de la Nouvelle-Calédonie, malgache, pipil, yucathèque et autres langues mayas).


En inuit, plusieurs suffixes indiquent qu'un action est involontaire, et une trentaine d'autres notent différentes nuances de volonté ("avoir envie de", "avoir brusquement envie de", "être arrivé à", "s'efforcer d'éviter que", "envisager de"), de l'obligation ("être tenu de", "il est temps de"), de la possibilité, de la probabilité, etc., etc.


Certaines langues d'Amazonie recourent à des formes verbales différentes selon la manière dont l'information est parvenue au locuteur. Ainsi en tarian, pour dire "le chien l'a mordu" on a le choix (mais on est obligé de choisir) entre cinq formes :

Chinu niwhaka dina, si l'on a vu la personne se faire mordre ;

Chinu niwhamahka dina, si on a entendu les aboiements et les cris ;

Chinu niwhapidaka dina, si on l'a appris de quelqu'un ;

Chinu niwhasika dina, si l'on a fait une déduction en voyant la blessure ;

Chinu niwhanihka dina, assez proche du précédent, mais la part de réflexion est plus importante, la déduction est moins directe ;


La reduplication, c'est le fait de répéter un mot (comme en français dans "très très grand"). En abma, une langue austronésienne du Vanuatu, on répète un verbe pour indiquer qu'il est intransitif ; en arapaho, une langue algonquine des Etats-Unis, le redoublement d'une racine verbale peut servir à indiquer le passé ; en biak, une langue austronésienne de Nouvelle-Guinée, le même processus peut servir à former des noms d'agents (comme en français, à partir du verbe "tuer", on forme le nom "le tueur"), des noms d'actions ("le fait de tuer"), des noms de patient ("le tué"), des noms d'instruments '"ce avec quoi l'on tue"). [...] En ewondo, une langue bantoue du Cameroun, la reduplication peut exprimer l'idée de vacuité (si dzal veut dire "village", dzal dzal veut dire "village vide, déserté" ; si mo veut dire "main", mo mo veut dire "mains vides", et par extension "rien" et "non"). Enfin, en itelmen, on redouble certains noms pour former... des singuliers ! La forme simple est le pluriel correspondant.


Beaucoup de langues distinguent des voyelles brèves et des voyelles longues, ou bien des consonnes brèves et des consonnes longues ou redoublées, mais l'estonien et certaines langues lapones sont à peu près les seules au monde à posséder trois degrés de longueur pour les voyelles et pour les consonnes : des brèves, des longues et des super-longues. [...] pour l'estonien, un étranger a bien du mal à percevoir la nuance ; or elles est cruciale car on risque de confondre lina ("drap", avec un n bref) avec linna ("de la ville", complément de nom, avec un n long) et linna ("vers la ville", avec un n super-long - pour tout arranger, l'orthographe ne distingue pas les deux dernières formes).