Merci Renault. Merci ces années de pression, chantage au nuit. Où le droit de grève n'existe pas. Ne pas protester sinon gare. La peur, l'incertitude de l'avenir sont de bonne guerre, parait-il ? Tu expliqueras ça à mes filles, Carlos.

Dans la nuit de dimanche à lundi, un salarié de Renault s'est suicidé sur son lieu de travail. C'est ce qu'il écrivait dans l'une des lettres qu'il a laissées.

Aussi les inconséquents demeurent-ils scandalisés par les images de balai — eux préfèrent épousseter à la pince à épiler —, et « la violence » les horrifie. Enfin certaines violences plutôt que d’autres — qui les laissent de marbre. La violence évocatrice du balai est abominable, mais celle qui conduit quelques désespérés à s’immoler devant Pôle emploi en revanche ne laisse pas de trace plus d’une journée, celle des suicidés de la valeur actionnariale, à Orange ou ailleurs, pas davantage, quant à la misère des vies brisées par les temps partiels, les reclassements à cinquante kilomètres du domicile ou les horaires tournants, elles n’existent même pas. L’austérité : pas violente. Les baisses de salaire imposées à des gens qui survivent à peine : pas violentes. La flexibilisation qui rend les salariés corvéables à merci : pas violente. Les plans de licenciement boursiers, les propositions de reclassement en Roumanie à 200 euros le mois : pas du tout violents.

Ca, c'est Frédéric Lordon qui le dit.