Je reçois chaque semaine des mails de Réseau Education Sans Frontières décrivant des morceaux de vie d'étrangers en France. Je retranscris ici quelques unes de ces histoires. Elles sont livrées telles que je les ai reçues (mais après corrections orthographiques).

Pour information :

O.Q.T.F. = Obligation à Quitter le Territoire Français

T.A. = Tribunal Administratif

A.P.R.F. = Arrêté Préfectoral de Reconduite à la Frontière

C.R.A. = Centre de Rétention Administratif


 Messaoud BENAïSSA, père d'Aziza scolarisée en 3ème à Vénissieux et d'Abdel, aujourd'hui français et qui prépare un BTS en alternance.

Messaoud BENAÏSSA est né en Algérie le 5 octobre 1966.

Son père Mohamed, né en 1941, est en France depuis 1963, sa mère Yamina, née en 1947, est en France depuis 1977, année à laquelle la demande de regroupement familial est acceptée. Elle vient avec leur fils unique.

En 1986 le père, soucieux de l’éducation de son fils, le renvoie au pays.

En 1988, Messaoud se marie, six enfants naitront de cette union.

Abdel Wahab, né le 28 décembre 1987, est envoyé en France en 1989, chez ses grands parents. Abdel fait toute sa scolarité ici en France, et a aujourd'hui la nationalité française. Il prépare un BTS en alternance chez Total.

Aziza, née le 23 mai 1993, arrive également chez ses grands parents en 2002. Elle est scolarisée au collège Jules Michelet, à Vénissieux.

Confronté aux difficultés liées aux problèmes des islamistes, dans les années 90, Messaoud revient en France en 2001. Il fait une demande d’asile territorial qui sera refusée. En 2004 il divorce. Il rejoint en France ses parents, et ses enfants Abdel et Aziza. Les 4 autres enfants restent en Algérie avec leur mère.

Messaoud a obtenu un titre de séjour le 24 avril 2005.

Le 15 juillet 2008 la préfecture du Rhône refuse de lui renouveler et lui délivre une OQTF qui a été confirmée au TA.

Messaoud est titulaire :

  • Des permis B C et E, les deux derniers étant valables jusqu’au 28 novembre 2010.
  • De la F.I.M.O. valable du 30/12/2005 au 29/12/2006
  • De l’A.D.R. (A.P.T.H.), spécialité de transport de matières dangereuses, valable du 23 décembre 2005 au 16 décembre 2010.

Il est employé comme conducteur routier international (Belgique, Hollande, Espagne, Italie) au sein de la société Transports Transfert Logistique, sous traitante pour le compte de Géodis Bourgey Montreuil.

Les attestations signées par plusieurs personnes montrent bien son intégration et son sérieux dans son travail :

  • Henri LAURE, directeur de Production
  • Cédric BUDIN, exploitant au service transport
  • Loïc MAUPPIN, exploitant au service transport
  • Stéphane RANCHOUX, exploitant au service transport

L’attestation de Monsieur Jérôme FREY, Principal du collège Jules Michelet montre l’intérêt qu’il donne à la scolarité de sa fille.

Il est également en charge de ses parents qui commencent à être âgés, qui ne sont pas en très bonne santé et qui ne pourraient en aucun cas s’occuper des deux enfants si Messaoud devait repartir en Algérie.


Le 23 janvier,Mme SAIBOU obtient un titre de séjour vie privée, vie famille d’un an.

Son histoire en quelques mots.

Arrivée du Togo en août 2001, avec un titre de séjour étudiant, elle a fondé une famille en France. Leurs deux petites filles, Lorraine (6 ans) et Schelsyane (4 ans) sont nées ici et sont scolarisées à l’école maternelle Saint-Exupéry de Villeurbanne.

Après une séparation, Mme Saibou a la garde des enfants (octobre 2007).

Mme SAIBOU a fait la demande d’un titre de séjour en 2007, qui lui a été refusé. Cette décision de refus de séjour est assortie d’une O.Q.T.F (23 juillet 2007). Ne connaissant pas bien les lois et par peur, elle laisse passer le délai pour faire appel. Elle songe même à retourner au Togo. Elle en informe la directrice de l’école St Exupéry. C’est alors qu’avec le soutien des habitants du quartier, et les conseils de RESF, nous réussissons à monter un comité de soutien. Cela redonnera espoir à Mme SAIBOU, qui décide de se battre à nouveau.
Elle participe aux parrainages républicains à la mairie de Villeurbanne le 6 février 2008.
Elle attend patiemment et prudemment 1 an pour pouvoir déposer de nouveau une demande de titre de séjour. Ce qu’elle fait fin juin 2008. Début novembre, elle reçoit une réponse qui est de nouveau négative. Cependant, entre la date du dépôt et la date du jugement, le papa des filles a obtenu la nationalité française. Elle fait appel de la décision en jouant sur ce changement de situation. Elle passe au tribunal le 13 janvier 2009....


Massinissa Terkouche est au CRA de Lyon depuis aujourd'hui lundi 19 janvier.

Massinissa vit à Villeurbanne avec sa mère et son jeune frère. Il est arrivée en France en 2003 à l'âge de 14 ans. Sa mère a vécu de longues années en France : pendant une période de 22 ans puis depuis son retour en 2003.

Depuis son arrivée Massinissa a été scolarisé au collège Lamartine, au lycée Alfred de Musset puis au lycée Emile Bejuit où il a tenté de passer l'an dernier un CAP en carrosserie. Mais faute de papier, il n'a pas pu se réinscrire cette année.

Depuis 6 ans, sa vie est ici : sa famille, ses amis, ses projets de vie.


Ghislaine, la maman de Gloire de Dieu, est arrêtée sur son lieu de travail le 18 février 2008 alors qu'elle faisait la toilette d'une personne âgée. Pas de dénonciation de la part de son employeur, au contraire, il voulait modifier son CDD en CDI. Ghislaine vit des heures d'angoisse : après la garde à vue, elle passe en rétention sans avoir pu prévenir son fils Gloire de Dieu, 12 ans, qui passe 3 jours seul dans leur appartement de Corbeil (91).

Le TA annule l'APRF et libère Ghislaine. Mais les mois qui vont suivre sont dramatiques : elle a perdu son travail,  est jugée pour détention et usage de faux papiers, est convoquée 9 fois par la police entre mars et septembre pour des raisons obscures. Gloire de Dieu est un enfant traumatisé qui s'affole au moindre retard de sa mère. M et MME B vivent en France depuis 7 ans; ils y ont construit leur vie et leurs relations. leur fils est né ici ; malgré cela ils sont aujourd'hui menacés d'expulsion du territoire;ils demandent qu'une chance leur soit donnée de pouvoir exercer pleinement leur role de parents de d'assurer un avenir décent à leur enfant; M B a une promesse d'embauche en CDI comme comptable.

Fin décembre 2008 : Ghislaine enregistre l'émission les Infiltrés avec pou€r compagnons de plateau : Catherine Tourier, RESF Lyon, d'autres que vous découvrirez ce soir et.... Thierry Mariani. Celui-ci, contraint de se sentir... "bouleversé" ?... disons plutôt "concerné" par l'histoire de Ghislaine, s'empare du dossier (nous n'oublierons pas cependant le petit coup de pouce de David Pujadas). Mme B était inscrite en BTS en 2004 et 2005 elle avait un titre étudiant ; elle a du interrompre ses études en raison d'une grossesse très difficile et a de ce fait perdu son titre de séjour elle a aussi une O.Q.T.F.

Mardi 13 janvier 2009, presque un an après son arrestation, Ghislaine sort de la préfecture de l'Essonne avec une autorisation provisoire de travail. Samedi 17 janvier, elle reprendra son travail chez son dernier employeur qui l'a réembauchée pour ses qualités professionnelles et les excellentes relations qu'elle entretient avec les personnes âgées.

Quelle étrange sensation ce doit être de reprendre sa vie quotidienne comme si cette année cauchemardesque n'avait pas existé ! Quel impardonnable gâchis !


M. et Mme BADJINDA sont Béninois mariés depuis 2007 et ont un petit garçon Enzo qui a maintenant 2 ans et fréquente une crèche à Lyon 3ème où il est parfaitement intégré.

Arrivés en France depuis 2001  M. Badjinda a d'abord été étudiant et a aujourd'hui un diplôme de l'enseignement supérieur. Il a eu un titre de séjour étudiant d'octobre 2001 à octobre 2004. A la suite de son mariage avec une française il a obtenu un titre vie privée familiale mais suite à son divorce en décembre 2006 ce titre lui a été retiré et il a une OQTF.


Alexandre MKRTICHYAN (prononciation Mekertichian) a été arrêté lundi 23 Février et mis en rétention à Lyon.
Il est le papa de Nina, 4 ans, scolarisée en maternelle, à l'école René Cassin de Meyzieu (69), et de Nicolas, 2 ans. Les deux enfants sont nés en France.

Né en Géorgie, Alexandre est d'origine arménienne. Il est arrivé en France en 2003 suite à des persécutions (agressions, racket, assassinat de son frère devant chez eux).

Sa mère Tatiana, et sa femme Irma (d'origine mixte russe et géorgienne) l'ont rejoint en 2004.

La famille a durement été touchée en Géorgie : un frère d'Alexandre est mort dans les combats de la guerre en Abkhazie, son père a été blessé en allant chercher le corps qui n'avait pas été rapatrié par l'armée géorgienne et est décédé jeune des suites de ses blessures, l'autre frère d'Alexandre a été assassiné devant chez eux. Dans ces trois cas, leur appartenance à la minorité arménienne a pesé (enrôlement militaire de force, discrimination dans le rapatriement des corps...).

Arrivé en France, la famille demande l'asile. Les demandes d’asile ont été rejetées. En novembre 2008, la CNDA a produit une ordonnance rejetant le recours… sans même donner la possibilité à Alexandre MKRTICHYAN de s'expliquer, sans permettre à la défense de faire des observations (cette pratique a été sanctionnée par le Conseil d’Etat en Janvier 2009).

En outre, Alexandre, Irma et Tatiana présentent tous des troubles liés aux persécutions qu'ils ont connus dans leur pays, et ces troubles sont particulièrement forts pour Alexandre, très éprouvé par ce qu'il a vécu. Plusieurs médecins confirment par des certificats médicaux qu'Alexandre nécessite des soins continus de longue durée, et que ces soins ne peuvent pas être administrés dans son pays, où sont localisés les causes de ces troubles.

Un titre de séjour pour raison de santé a été déposé en mars 2008. La préfecture rejette cette demande, et prend une OQTF le 23 Décembre 2008.

Alors que Alexandre est en rétention, le docteur Luminet, médecin inspecteur de la santé publique, écrit le 26 février 2009 :

"Des soins doivent être poursuivis pendant 12 mois. M. ne peut avoir accès dans son pays d’origine à un traitement approprié. M. ne peut voyager sans risques vers son pays d’origine. Si le traitement médicamenteux est disponible éventuellement dans le pays il ne présente pour autant qu’un volet du traitement et ne peut traiter la cause de la pathologie qui demande un suivi spécialisé hors de son pays."

Alors que ce certificat médical aurait dû permettre à Alexandre de sortir de rétention, le TA de Lyon confirme, vendredi 27 février, l’OQTF et le pays de renvoi.

En Géorgie... : un frère enrôlé de force et décédé durant la guerre, un frère assassiné, un père décédé de suite de blessures, des troubles liés à toutes ces violences, une situation de minorité discriminée, un réel risque pour sa vie...

En France : sa femme, deux enfants nés ici, sa mère, cinq ans de vie, la perspective de se reconstruire après cette vie difficile...


Avant les vacances, nous avions lancé un appel à soutien pour Edlecio Moreno, élève de bac pro comptabilité du  lycée Forest de Saint-Priest qui était convoqué au TA pour son recours contre une obligation de quitter le territoire. L'audience avait été reportée... 

Le lycée Forest vient de nous faire savoir que le recours d'Edlecio sera jugé au TA ce jeudi 26 à 11h en même temps que celui qui concerne ses 2 frères jumeaux : Léonardo, élève de CAP métallerie à Forest, et Toni, élève  de du lycée Camille Claudel.

Edlecio a 20 ans, et ses 2 frères ont 18 ans. Ils sont arrivés tous les 3 d'Angola fin mai 2006. Ils ont été pris en charge par le Conseil général, les 2 plus jeunes avant l'âge de 16 ans.

Leurs demandes d'asile ont été refusées, comme leurs recours. C'est une nouvelle demande au titre de la vie privée et familiale qui a été rejetée et a donné lieu à une OQTF en août 2008. A remarquer : l'OQTF des 2 plus jeunes frères a été justifiée par la situation de sans-papiers du frère aîné alors que ces 2 jeunes, confiés à l'ASE avant l'âge de 16 ans, devrait selon nous (et le Ceseda) leur donner droit aux papiers. 

Ces 3 jeunes sont bien connus et appréciés à la Majo Parilly qu'Edlecio a pourtant déjà dû quitter à cause du non-renouvellement de son contrat jeune majeur. Le même sort guette Toni et Léonardo.


M. M'Piodi, est un papa angolais d'enfants scolarisés à l'école Claudius Berthelier de Gerland.

Mme M'Piodi est arrivée la première en France à la mi-2002. Son père et sa mère son Français ainsi que 4 de ses frères et soeurs. Mère d’un enfant français, elle a un titre de séjour et un travail à plein temps à Lyon.

M. M'Piodi, arrivé un an et demi après, n'a jamais réussi à régulariser sa situation.

Le couple, marié à la mairie du 7ème, élève 3 enfants dont ses 2 enfants scolarisés à Berthelier : Catherina en CP et Térésa en maternelle. Madame M'Piodi a d’ailleurs dû chercher ses enfants à l’école et n’a pu rester pour l’audience qui s’est tenue à 16 heures.

Nous étions 2 de RESF pour assister M. M'Piodi, de nationalité angolaise dans sa demande de titre de séjour.
M. M'Piodi attendait son avocat, pourtant annoncé, qui n’est pas venu et c’est donc seul qu’il s’est présenté au tribunal. M. M'Piodia à qui le Président a donné la parole a insisté sur son rôle auprès de ses enfants, d’autant plus important que sa femme travaille à plein temps, sur leur vie qui est ici et, qu’ils s’efforçent de mener selon une éthique chrétienne et sur les dangers à tous points de vue d’un retour familial en Angola (qui pour 2 de ses enfants serait un aller).

La commissaire du gouvernement (ou rapporteur public) a indiqué, que, dans cette affaire, l’hésitation, le doute étaient permis mais que les 2 parents étant de nationalité angolaise, ils avaient la possibilité de vivre là-bas et que le refus de titre de séjour ne portait pas une atteinte disproportionnée à la vie personnelle et familiale. Elle a donc conclu au rejet de la demande.


Je suis étudiant de l’école d’Art d’Annecy pour y obtenir mon diplôme de 5ème année, National Supérieur d’Expression Plastique. Je ne suis pas à la charge de l’état français, puisque ce sont mes parents qui financent mes études et mon entretien.

Beaux-Arts à Paris puis à Reims ainsi que le français. Le temps consacré à l’étude du français, et quelques hésitations sur mon orientation, m’ont fait redoubler ma deuxième année. J’ai cependant découvert tous les trésors de la culture française contemporaine : sujets, techniques et influences très riches que je ne rencontrerais pas en Chine.

Cette année j’ai intégré l’école d’Annecy où je me suis investi avec plein d’énergie. Tout le monde est coopératif, l’équipe enseignante croit en moi et me donne envie de poursuivre et de m’affirmer dans mes démarches. Les voies que l’on explore à l’Ecole d’Art d’Annecy ne sont pas encore enseignées dans mon pays d’origine.

Je veux poursuivre mes études dans cette École.

J’ai le projet d’être un artiste porteur de toute cette influence que j’apporterai avec moi en Chine, pour créer un pont entre les cultures contemporaines française et chinoise.

J’ai reçu une Obligation à Quitter le Territoire Français le 5 février 2009. Un appel a été déposé auprès du tribunal de Grenoble le 2 mars.