Samedi midi j'avais prévu de déjeuner avec ma tante. Elle venait passer le samedi sur Lyon. Jusque là rien de bien intéressant à raconter.

Et puis vendredi soir j'apprends de ma tante qu'elle a hébergé un Turc sans papier. Ce monsieur est venu en France avec sa femme et ses 2 enfants. Il y travaille depuis 4 ans comme carreleur, paie ses impôts et son loyer (les temps où il peut se permettre d'avoir un logement).

Le couple a eu une bébé il y a 3 mois. C'est pourquoi lundi, le mari prend le train pour se rendre au consulat de Turquie à Lyon afin d'y déclarer le nouveau-né. Manque de chance, complot hortefeuien, humour du grand ordonnateur... il se fait contrôler sur le quai de la gare par un policier en civil (qui a dit délit de sale gueule ?). Ne pouvant témoigner d'un titre autorisant son séjour en France (tout étranger hors Union Européenne est tenu d'un avoir un), il se fait immédiatement arrêter et mettre en garde à vue.

Selon toute vraisemblance, et comme c'est la règle dans ces cas-là, "la préfecture est informée de l'arrestation de cet étranger. Et en moins de 24 heures (même les dimanches et fêtes), le préfet prendra un arrêté de reconduite à la frontière, assorti d'un arrêté de placement en centre de rétention administrative."[1]

 

Samedi matin, ma tante doit donc lui rendre visite, je décide de l'accompagner, direction le centre de rétention administrative de Saint-Exupéry, à 2 pas de l'aéroport du même nom, quel esprit pratique ces autorités administratives ! C'est un charmant hôtel réaménagé en sas avant le grand départ, entouré de barbelés et de policiers armés.

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La CIMADE et les représentants de la République, sont les seuls autorisés à visiter les centres de rétention (d'autres associations vont peut-être y avoir accès suivant un décret récent de notre ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire). Nous souhaitons uniquement accéder au parloir, pas visiter. Mais c'est encore trop en demander, seule ma tante pourra rentrer, mon oncle et moi attendrons dans la voiture.

Elle ressort, il prendra l'avion pour la Turquie le plus vite possible pour la modique somme de 20 970 euros. Sa femme et ses enfants restent en France. Jusqu'à quand ?

 

[1]Dixit Maître Eolas, je lui fais toute confiance sur ce genre de dossier