Ah, les chiffres et leur interprétation... On nous abreuve régulièrement des chiffres de la délinquance ( ou par exemple). Tentons d'y voir plus clair et de porter un œil critique sur ces chiffes.

Il ne sera pas dit ici que ces chiffres disent tout et n'importe quoi. Ces chiffres sont sans doute utiles, ne serait-ce que parce que mesurer l'activité policière ou judiciaire permet d'établir les besoins budgétaires, d'établir des comparaisons entre zones géographiques. Mais leur interprétation n'est jamais évidente et souvent sujette à caution.

Que représentent ces chiffres de la délinquance (peut-être devrait-on d'abord se poser la question de la délinquance d'ailleurs) ? Les peines prononcées ? Le nombre d'infractions ? Le nombre d'infractions enregistrées alors...

Si ces chiffres augmentent peut-on forcément en déduire que la criminalité/insécurité/violence augmente ?

Autant de questions qui donnent à réfléchir.

Plusieurs chiffres peuvent ou non être mesurés. Celui qui ne peut pas l'être est celui représentant l'ensemble de la délinquance sur le territoire français, du meurtre au non règlement d'un ticket de métro, du viol au vol de bonbons dans un magasin. Ce chiffre est inconnu et augmente à chaque infraction commise.

Ensuite il existe des données quantifiables, par exemple le nombre d'infractions signalées par n'importe quel individu ou constatées par la police. Pour cela il faut qu'il y ait plainte ou dénonciation. Ce chiffre exclue donc l'ensemble des infractions qui ne feront pas l'objet de plainte (comme la consommation de cannabis) et qui ne pourraient être découvertes que sur initiative de la police. Il correspond à l'activité répressive de la police.

Imaginons un chef de police davantage zélé que la moyenne, motivant pour ses subordonnés. Lui et son équipe constateront davantage d'infractions que certains de ses collègues. Peut-on en déduire pour autant que la délinquance augmente ? Rien ne le prouve.

Imaginons qu'une association lance à grands renforts d'affiches et de spots télévisés une campagne pour inciter les victimes d'une infraction spécifique à porter plainte. Inévitablement (ou pas si inévitablement que ça : on peut également penser que la campagne a une action préventive et tend à diminuer le nombre d'infractions, soit...) les chiffres de la délinquance augmentent. Peut-on en déduire pour autant que la délinquance augmente ? Rien ne le prouve.

Un autre chiffre mesurable est celui des juridictions de justice. Ce chiffre représente non pas le nombre de plaintes mais le nombre de plaintes donnant suite à un jugement. Toute décision qui pousse à répondre de manière plus systématique par une réponse pénale fait augmenter les chiffres. Peut-on en déduire pour autant que la délinquance augmente ? Rien ne le prouve.

Un dernier chiffre quantifiable est celui de l'activité pénitentiaire, soit celui de la population carcérale. Il augmente avec l'augmentation du nombre d'incarcération et avec la diminution du nombre de remise en liberté. Une politique pénale poussant à prononcer des peines de prison plus longues pourrait expliquer l'augmentation de ce chiffre. Peut-on en déduire pour autant que la délinquance augmente ? Rien ne le prouve.

Des statistiques montrent un parallèle frappant entre les ventes de glaces et celles de lunettes de soleil. Donc incontestablement, manger des glaces donne mal aux yeux.


MàJ du 16/01/2010 : http://www.rue89.com/2010/01/12/non-le-taux-delucidation-ne-mesure-pas-lefficacite-de-la-police-133221


MàJ du 25/01/2012 : http://www.rue89.com/2012/01/17/claude-gueant-ne-sait-donc-pas-que-la-delinquance-nexiste-pas-228463