Pense bête

11 janvier 2018

Laïcité

A notre devise nationale, certains voudraient rajouter "Laïcité". On ne compte plus les appels au respect de la laïcité et au respect de la loi de 1905 concernant la séparation des Eglises et de l'Etat.

Mais que dit vraiment cette loi ?

Article 1

La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l'intérêt de l'ordre public.

Chacun est donc libre de croire ou de ne pas croire. Et c'est à l'Etat (la République) de réunir les conditions pour que ce droit s'exerce.

Article 2

La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. En conséquence, à partir du 1er janvier qui suivra la promulgation de la présente loi, seront supprimées des budgets de l'Etat, des départements et des communes, toutes dépenses relatives à l'exercice des cultes.

Pourront toutefois être inscrites auxdits budgets les dépenses relatives à des services d'aumônerie et destinées à assurer le libre exercice des cultes dans les établissements publics tels que lycées, collèges, écoles, hospices, asiles et prisons.

Les Eglises se démerdent pour leur financement, l'Etat ne s'en mêlera pas... bon... sauf en Alsace-Moselle, sauf pour les écoles privées.

Article 25

Les réunions pour la célébration d'un culte tenues dans les locaux appartenant à une association cultuelle ou mis à sa disposition sont publiques. Elles sont dispensées des formalités de l'article 8 de la loi du 30 juin 1881, mais restent placées sous la surveillance des autorités dans l'intérêt de l'ordre public.

Article 27

Les cérémonies, processions et autres manifestations extérieures d'un culte, sont réglées en conformité de l'article L2212-2 du code général des collectivités territoriales

On le voit avec des deux articles, la laïcité n'est pas le maintien des croyances dans la sphère privée. En aucun cas dans la loi de 1905 il n'est question de restreindre l'exercice de la religion à la sphère privée, comme on l'entend très souvent.

Les réunions sont publiques (et non pas privées). Et l'article 27 autorise (on peut le regretter) les processions ou les prières de rue tant que les autorités responsables estiment que ça ne trouble pas l'ordre public. C'est comme ça qu'on voit des milliers de personnes pour les JMJ ou quelques cathos agressés violemment un black devant Sainte-Rita :

 

 

Article 28

Il est interdit, à l'avenir, d'élever ou d'apposer aucun signe ou emblème religieux sur les monuments publics ou en quelque emplacement public que ce soit, à l'exception des édifices servant au culte, des terrains de sépulture dans les cimetières, des monuments funéraires, ainsi que des musées ou expositions.

C'est la seule interdiction présente dans la loi de 1905.

 

La loi de 1905 est donc plutôt un pacte de non agression. Vous les croyants, ne vous avisez pas de nous dire comment on doit gouverner. Mais en échange, vous les politiques, n'allez pas nous expliquer comment on doit financer notre culte, comment on doit s'habiler pour croire, dans quelle langue on doit faire notre prêche (que ce soit en français, en arabe ou en latin), comment on doit former nos prêtres, imams, pasteurs ou autres...

 

Et concernant le voile, la burqua, le hijab... que peut-on porter où ?

Il y a 2 lois. La première (chronologiquement) est la loi du 15 mars 2004 encadrant, en application du principe de laïcité, le port de signes ou de tenues manifestant une appartenance religieuse dans les écoles, collèges et lycées publics. L'article 1 indique :

Dans les écoles, les collèges et les lycées publics, le port de signes ou tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse est interdit. Le règlement intérieur rappelle que la mise en oeuvre d'une procédure disciplinaire est précédée d'un dialogue avec l'élève 

La seconde loi est la loi du 11 octobre 2010 interdisant la dissimulation du visage dans l'espace public, avec son article 1 rédigé ainsi :

Nul ne peut, dans l'espace public, porter une tenue destinée à dissimuler son visage.

 

Pour finir, une vidéo réalisée par l'observatoire limousin de la laïcité et qui remet bien les choses au clair :

 

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10 septembre 2017

Chant des marais

Je n'arrive pas à me rappeler quand j'ai entendu ce chant pour la première fois. Mais je me rappelle précisément entendre ma tante, dans le salon de mes grands-parents, dire qu'elle préférerait que le Chant des marais soit l'hymne de la France pluôt que la Marseillaise. Je devais avoir une dizaine d'année, et je savais exactement ce dont elle parlais.

Le Chant des marais (ou Chant des déportés) est une adaptation de la version originale allemande. Dans le livre Poèmes et chants révolutionnaires (éditions Martinsart) que mon grand-père m'a offert, il est écrit :

"C'est d'Allemagne, plus précisément des premiers camps de concentration que parvint la plainte des antifascistes et des juifs qui y avaient été jetés : Das Lied der Moorsoldaten. Traduit en France sous le titre de Chant des Marais, on le crut longtemps anonyme ; or l'Amicale de Mauthausen a donné ces précisions dans son bulletin d'avril 1977 : ce chant est né au camp de Bögermoor en juillet-août 1933. Johann Esser écrivit un premier texte qui fut remanié par Wolfgang Langhoff ; ce poème sans musique s'appela Bögermoorlied. Un autre détenu, Rudi Goguel, composa la musique."

En version originale, ça donne ça :

 

Pour une version internationale (allemande, espagnole, italienne, anglaise et française) : https://www.youtube.com/watch?v=d4ubcPlZMDQ

Pour l'adaptation en Hymne des femmes d'après le MLF : http://surlaroutede.canalblog.com/archives/2017/03/08/35006779.html

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07 août 2017

Attaque de crabe : en parler ?

Dire quoi ? A qui ? Comment ?

A côté de la logistique des rendez-vous, de l'esprit critique à essayer de trouver face aux médecins, de mon état psychologique, il faut également gérer... les autres.

Les amis, c'est le plus simple. Ca ne signifie pas que c'est facile mais c'est plus naturel. J'en parle, au fur et à mesure de ceux que je croise. Pour ceux qui ne savent pas encore, attendre le "Et toi alors, ça va ?" pour embrayer et raconter les "petites galères de santé". J'en ai besoin et ils sont tous géniaux.

Pour autant, ça me rend égoïste. Je ne parle que de moi, de mes anecdotes, de mes aventures avec les professionnels de santé et encore de moi. Tant et si bien que je suis revenu d'un week-end salutaire avec des amis en réalisant que je n'avais pris aucune de leurs nouvelles. Je n'ai pensé qu'à leur parler de moi et en plus à râler.

Suite à ma visite chez le chirurgien pour "commentaires des résultats histologiques", je leur ai envoyé un mail collectif. Ca m'était apparu plus simple (pour moi), plutôt que de contacter toutes celles et ceux qui m'avaient dit "tiens-moi/nous au courant". Mais c'était nul : trop impersonnel, trop impudique, trop "je te balance à la gueule mon vécu même si tu n'as rien demandé".

Il y a aussi ces potes que j'aimerais appeler, pour autre chose, et pour lesquels je me reporte puisque si je les contacte, il va nécessairement falloir que je raconte à nouveau et ce n'est pas le but de l'appel.

Le plus complexe et le plus prise de tête ce sont les parents. Je suis un encore plus mauvais fils que d'habitude. Ma mère est encore plus présente[1] que d'habitude et moi encore plus évasif et taiseux.

Reste les collègues, qui ont bien remarqué mon absence non prévue au bureau.

Rien d'autre qu'une nouvelle galère à gérer.


 

[1] Les appel/SMS de ma mère :

Vendredi : 1 appel (suite rdv chir) + 1 appel (programme week-end)

Dimanche : 1 appel en absence + 1 appel

Lundi : SMS (coordonnées oncologue Lyon Bérard) + appel en absence

Mardi : SMS (appelle-nous après le rdv oncologue)

Mercredi : SMS (horaire rdv) + appel (de ma part, suite au rdv)

Jeudi : appel (pont + rdv PET scan)

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05 août 2017

Attaque de crabe : prise en charge d'ALD

A la sortie de la clinique suite à mon opération, je suis allé chez ma médecin généraliste. C'est elle qui m'avait demandé de passer, dans le but de "faire une demande de 100%". Docile et obéissant, comme d'habitude, j'ai obtempéré. D'après ce que j'en avais compris au téléphone, c'est une démarche qui permettra que mes dépenses soient davantage prises en charge par la Sécurité sociale.

Je m'y était donc rendu, elle avait fait une demande par Internet. Je devrais normalement avoir un retour de la Sécu d'ici quelques jours et il faudrait ensuite que je mette à jour ma carte Vitale. Soit.

Et effectivement, 2 jours plus tard je recevais le message suivant dans mon espace Ameli :

Chère madame, cher monsieur,

Votre médecin traitant a établi une demande de prise en charge à 100%* pour les soins et traitements liés à votre Affection de longue durée (ALD). Celle-ci a été accordée.

Une notification de prise en charge à 100% pour votre affection longue durée sera mise à disposition dans votre compte ameli d'ici quelques semaines. Pour la télécharger, accédez simplement à la rubrique « La prise en charge de mon ALD ».

Cette rubrique met également à votre disposition toutes les informations dont vous avez besoin pour mieux comprendre les modalités de votre prise en charge en ALD.

Avec toute mon attention,

votre correspondant de l'Assurance Maladie.

* Sur la base du tarif de la Sécurité Sociale. Les soins liés aux autres affections vous seront remboursés aux taux habituels de la Sécurité Sociale.

Je ne sais pas bien ce que je dois en faire de ce message, mais c'est bien noté. Merci à mon correspondant de l'Assurance Maladie, qui m'apprend au passage que j'ai donc une Affection de Longue Durée ! Toujours obéissant, j'avais profité d'un passage chez l'opticien pour mettre à jour à ma carte Vitale (je n'y allais pas pour ça mais à la caisse j'avais aperçu une affichette "Mise à jour de votre carte Vitale ici").

Et voilà qu'aujourd'hui je reçois d'un ma boîte aux lettres un courrier de l'Assurance Maladie intitulé "Votre notification d'exonération du ticket modérateur pour affection de longue durée".

Le ticket modérateur, je connais depuis quelques mois. J'y ai été confronté au CE car on s'apprête à changer de mutuelle et il a bien fallu que je me familiarise avec les termes "base de remboursement", "ticket modérateur", "contrat d'accès aux soins"... Il s'agit de ce qui n'est pas pris en charge par la Sécurité Sociale, en plus de la participation forfaitaire de 1€ ou de la franchise médicale sur les médicaments de 0,50 € (merci Nicolas Sarkozy et Roselyne Bachelot).

Le contenu du courrier est le suivant :

Cher monsieur,
Nous vous informons que l'exonération du ticket modérateur est accordée ou renouvelée pour certaines des affections de longue durée à partir du 20/07/2017.
Cet accord concerne le remboursement des soins et des traitements en rapport avec ces affections. Les soins liés aux autres affections restent remboursés aux taux habituels de la Sécurité Sociale.
Cette exonération du ticket modérateur pourra être réétudiée en fonction de l'évolution de votre état de santé, ou si vous ne souhaitez plus en bénéficier.
Les 5 fiches jointes à ce courrier vous apportent des informations pratiques sur la prise en charge de l'affection de longue durée (ALD).
Pensez à mettre à jour votre carte Vitale pour bénéficier dès à présent de cette prise en charge.
Avec toute mon attention,
votre correspondant de l'Assurance Maladie

Il s'accompagne donc de 5 fiches (format A4 recto-verso) sur différents thèmes :

  1. Le protocole de soins ;
  2. La prise en charge des dépenses de santé liées à mon ALD ;
  3. L'ordonnance bizone ;
  4. La prise en charge des frais de transport liés à mon ALD ;
  5. Les services proposés par l'Assurance Maladie.

Yeah... encore tout un tas de choses dont personne ne m'a parlé et avec lesquelles il va falloir que je me familiarise !

Je relis donc (et je relis vraiment cette fois) le premier message que j'avais reçu dans mon espace et j'y (re)découvre en particulier ce paragraphe :

Une notification de prise en charge à 100% pour votre affection longue durée sera mise à disposition dans votre compte ameli d'ici quelques semaines. Pour la télécharger, accédez simplement à la rubrique « La prise en charge de mon ALD ».

Partons donc à la recherche de cette fameuse rubrique ! Verdict : c'est... galère ! Après moultes recherches j'ai fini par la trouver grâce à une aide trouver sur le Net. Pour toutes celles et ceux qui cherchent encore, il faut choisir "Mes informations" puis "La prise en charge de mon affection longue durée ALD".

Capture du 2017-08-05 17-08-56

Je télécharge ma "Notification de prise en charge à 100% pour affection de longue durée"... qui s'avère être exactement le document que je viens de recevoir par courrier.

J'imagine qu'à présent il va me falloir étudier tous ces nouveaux documents.

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04 août 2017

Attaque de crabe : paumé

Je suis paumé, je vis à mille lieues de ce monde là, le monde du cancer. Son vocabulaire m'est complètement étranger.

J'étais sorti de chez le chirurgien plutôt satisfait des informations qu'il m'a données et des réponses qu'il a pu faire à mes questions. La suite était claire dans ma tête : j'ai rendez-vous avec un oncologue qui me dira quel traitement est le plus adapté.

Mais maintenant que des amis, des collègues, la famille me questionnent sur mon rendez-vous avec le chirurgien et sur le résultat de mes analyses, je ne suis plus certain de rien.

D'après mon chef, il semblerait que tumeur n'implique pas cancer. Arf... première nouvelle ! Pour moi c'était pourtant clair, on m'annonce une tumeur... donc j'ai (ou j'avais) un cancer. Simple. Ou pas si simple.

Découverte suivante (merci Betti), il existe une classification parmi les cancers. Ca s'appelle la classification TNM. Maintenant que j'y pense, j'avais bien entendu parler de stade (cancer stade 1 voire cancer phase terminale), auquel je n'avais pas songé jusque là, mais de classification jamais. Et en relisant mon résultat d'analyse, il en est bien fait référence. C'est même la dernière ligne du paragraphe de conclusion. J'ai donc obtenu la classification pT1-R0. Pas de bol, ça ne rentre pas dans la classification Wikipedia. Il faudra interroger l'oncologue, puisque le chirurgien ne m'a rien dit à ce propos.

Et enfin, c'est quoi ce satané protocole !? Le chirurgien a dû me dire quelque chose : "Il y a plusieurs protocoles". Je l'ai pris comme un synonyme de traitement, à voir avec l'oncologue. Mais ça semble être un terme bien plus précis que ça, du vrai jargon de cancérologue. Pourquoi tout le monde semble connaître ça et moi non ? Je n'ai pas du être assez attentif devant Urgences.

Bref tout ça donne une furieuse impression d'être un parfait candide, et pour tout dire ça fait un peu flipper.

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Attaque de crabe : résultats histologiques

L'ordonnance indiquait un rendez-vous à 8h30. Mais j'avais reçu un SMS me confirmant le rendez-vous à 8h20 (pourquoi faire simple...). Dans le doute je me suis pointé pour 8h20. Le but était de rencontrer non pas par le chirurgien qui m'a opéré (il est en congés) mais un de ses collègues "pour commentaire des résultats histologiques". Il m'a donc résumé le rapport de 2 pages du médecin analyste qui : confirme la tumeur, m'annonce le poids de la "pièce prélevée" (54 grammes), raconte mille et une choses incompréhensibles ("embole néoplasique", "anticorps PLAP", "infiltration de l'albuginée"...) et écrit aussi ce constat tout à fait inattendu : ma "vaginale est normale" (aucune idée de ce que ça veut dire, je ne me suis pas encore documenté) !

Un chirurgien plutôt sympa et ouvert à la discussion et aux questions (ce qui change de celui qui m'a opéré). Il a jugé ma plaie propre et semble satisfait de l'opération.

La suite, ça dépend d'un oncologue qu'il faut que je rencontre. D'après le chirurgien, il y a plein de protocoles différents suivant la pathologie, l'état de la science, l'humeur de l'oncologue, l'état d'esprit du patient... Pour moi, qui suis "cortiqué" (dixit le chirurgien qui a utilisé le mot à deux reprises, d'où d'ailleurs le verbe décortiquer, qui vient donc de cortex), il est possible qu'une surveillance avec un peu de radio suffise. Mais c'est l'oncologue qui dira. Lui ne veut surout pas se mouiller, il n'est qu'un "artisan".

A 8h35 j'en avais fini... avec le chirurgien. Il fallait encore attendre son assistante pour récupérer le compte-rendu opératoire, le compte-rendu d'hospitalisation, le rapport d'analyse, le courrier pour l'oncologue et le courrier pour le médecin généraliste et elle n'arrivait qu'à 9h00. Un peu de poireautage, puis 40 minutes passées dans le bureau de l'assistante (ouaih faut le temps de taper les courriers, d'imprimer tout ça en 3 exemplaires, de répondre aux appels des autres patients...) et fini pour aujourd'hui... avec l'urologue et son monde.

Je file au bureau de l'oncologue (bâtiment à côté). J'y laisse le courrier qui lui est destiné et on fixe un rendez-vous. Ce sera mercredi.

Moi qui croyait être fixé sur un éventuel traitement suite à ma visite chez le chirurgien, c'est raté.

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25 juillet 2017

Attaque de crabe ? (10)

C'est finalement mon tour. Un infirmier (anésthésiste ?) vient me chercher. Il me tape la discussion, je sens bien qu'il cherche à me metre à l'aise. On rentre ensemble dans le bloc où un autre infirmier (?) s'affaire et me fait allonger. Le chirurgien arrive, ainsi que deux autres personnes : l'anesthésiste (?) et une infirmière anesthésiste (?). Tout va très vite : cathéter, masque, deux respirations... et je tombe dans les bras de Morphée. Il doit être 13h.

Me voilà en salle de réveil au milieu d'autres brancards, un peu dans les vappes. Je crois qu'on m'enlève le masque. Je reste allongé là 15-20 minutes (ou 5 ? ou 30 ?) puis un jeune brancardier m'embarque pour me faire rouler vers ma chambre, au 3ème étage. En nous voyant arriver, les infirmières râlent : ça va trop vite pour elles, trop de lits qui arrivent, trop de patients à gérer.

Je suis installé dans une chambre individuelle (j'avais demandé). Je demande l'heure : il est 14h30.

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Attaque de crabe ? (9)

Le jour J ! J'ai plutôt bien dormi. J'ai même fait un rêve génial que je n'ai pas écrit de suite et dont je peine à me souvenir précisément.

Le planning avant l'opération est simple : pas de petit déj' (il me faut être à jeun à partir de 6h du mat'), boisson sucrée autorisée jusqu'à 10h (j'ai acheté de l'Ice Tea), toilette au savon spécial, passage au laboratoire pour récupérer les derniers résultats d'analyse de sang (en particulier les marqueurs tumoraux qui peuvent donner des indications sur la présence de tumeurs, même si ce n'est pas très fiable dixit M. Deuxième avis), et enfin admission. Je m'y rends seul, j'ai indiqué aux parents que je saurai me débrouiller.

L'admission se présente de la même façon qu'au CECOS : une borne pour éditer un ticket (ticket Admission cette fois, pas Consultation) mais sans aucune attente, je suis seul. On vérifie mon dossier. Je demande si ma nuit en chambre est bien prévue : premier couac, ce n'est pas le cas. Il faudra que j'en discute avec les infirmières. Parfait, je n'avais que ça à penser aujourd'hui !

Direction l'acceuil Patient Debout. Rien à voir avec Nuit Debout, nulle trace de débats, commissions, révolution citoyenne... Seulement des rangées de fauteuils tous dirigés dans le même sens (ça n'aide pas à l'échange, on est loin de Nuit Debout) et un homme assis.

Une infirmière me fait rentrer dans son bureau, re-vérifie mon dossier. Ca commence mal : "c'est pour les 2 testicules ?". Pas du tout !!! C'est uniquement la gauche ! Mais c'est pas indiqué bordel ! L'art de rassurer et de mettre en confiance... Elle prend l'ensemble de mes documents médicaux (échographies, scanner, analyses de sang) et de mes documents administratifs (dont Attestation de l'information donnée au patient,  Consentement éclairé et autorisation et Personne de confiance et directives anticipées). Pour la chambre (et la nuit), c'est règlé. J'ai également le droit à 2 comprimés de Dafalgan et on passe au vestiaire.

Le principe : je me fous à poil, j'enfile slip bleu, blouse bleue, charlotte, chaussettes de contention, babouches puis peignoir. Je range toutes mes affaires qui partiront en bagagerie, sauf mes lunettes que je peux garder.

Nouvelle attente dans une nouvelle salle, avec toujours des rangées de fauteuils mais tous dirigés vers un écran de télévision qui diffuse BFM et avec davantage de monde (et des bouquins de sudoku déposés sur les tables basses).

Le moment fatidique approche.

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24 juillet 2017

Attaque de crabe ? (7)

Ca n'en finit jamais, j'ai à présent rendez-vous au CECOS.

C'est la question qui préoccupe tout le monde sauf moi, de l'échographe aux chirurgiens en passant par leurs assistantes, les manip radio et toutes les personnes de cet endroit jusqu'alors inconnu. Je ne me suis jamais autant rendu compte de cette injonction à la parentalité qu'aujourd'hui. Mais moi suis célibataire pour le moment, et gay, ce qui ne rend pas les choses faciles aujourd'hui donc ce n'est pas du tout ma préoccupation du moment, pas du tout. Ce qui m'intéresse (et m'inquiète) c'est plutôt ma sexualité, la sensibilité érogène de ma couille manquante, l'aspect visuel de la chose, l'effet éventuel d'un cockring... mais personne n'évoque le sujet.

Ca ne m'empêche pas de suivre les directives : "aller au CECOS", le Centre d'Etude et de Conservation des Oeufs et du Sperme humains. Et c'est vrai, on ne sait jamais. Allons conserver du sperme.

Le CECOS c'est à l'HFME (Hôpital Femme-Mère-Enfant). On m'a donné des consignes : faire faire des étiquettes (!?) puis me rendre à l'étage inférieur au fond à gauche. Au téléphone, les étiquettes, je n'ai rien compris ce que c'était et où je faisais ça. Je me renseigne en arrivant. Facile, c'est dans l'entrée : j'imprime un ticket Consultation et j'attends qu'on m'appelle... 25 minutes ! Mais j'ai finalement mon sésame "Etiquettes" qui me permet d'accéder au CECOS.

J'y arrive sans trop savoir où je mets les pieds et ce qui m'y attend (même si j'ai une petite idée). Une infirmière m'accueille pour m'enregistrer, vérifier ma sérologie (on m'a fait les prélèvements jeudi) et me guider jusqu'à un cagibi avec un lit et un évier. Les nouvelles consignes : fermer la porte à clé, laver les mains et brosser les ongles (j'ai gagné une brosse spéciale pour ça), toilette intime ("ne pas hésiter à décalotter") puis... masturbation !

C'est glauque, sans être excitant du tout. La porte est mince, il y a du bruit dans le couloir, le coeur (et le reste) n'y est pas. Fermer les yeux, s'allonger, respirer, convoquer des images... Le plus difficile est d'amorcer l'érection. Puis c'est parti, il suffit de ne plus penser à pourquoi je suis là, à ce qui arrivera demain. Et se vider dans le charmant flacon stérile en espérant qu'il y en aura assez, qu'il sera bon. Espoir étonnamment présent à l'esprit et ridicule à la fois : je n'ai aucun projet d'enfant aujourd'hui et quand bien même, je continuerai de produire des spermatozoïdes après l'opération. Je ne sais vraiment pas ce que je fais là, si ce n'est qu'on m'a inviter à y aller.

Il me faut maintenant voir le médecin, une femme en l'occurrence et qui s'appelle Giscard d'Estaing. J'avais en mémoire que c'était un nom créé par VGE, il faudra que je vérifie.* Elle passera me voir dans 20 minutes et m'invite à patienter en salle d'attente, où se trouve déjà un jeune couple.

Un homme vient me chercher au bout de 5 minutes et se présente comme psychologue. Il m'explique qu'il reçoit tous les patients qui viennent au CECOS. Souriant, avec un accent que je peine à déchiffrer, je le suis jusqu'à une pièce quasi vide (table et chaises) qui fait office de cabinet. Son nom n'est pas inscrit sur la porte (j'apprendrai plus tard qu'il s'appelle Souza, gageons qu'il est Portugais).

*Vérification faite : le nouveau patronyme fut autorisé par décret pour le père de VGE en 1922, soit 4 ans avant la naissance du futur président de la république.

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Attaque de crabe ? (6)

Avant d'apprendre que je me ferai opérer aussi subitement, j'avais pris rendez-vous chez un urologue pour lui montrer le résultat de l'échographie. Une fois que j'ai su pour l'opération (et que j'avais donc déjà vu un urologue, en urgence), j'ai annulé. Puis j'ai rappelé. J'ai envie d'un deuxième avis et c'est l'occasion, le rendez-vous était déjà pris. Il n'a pas été refilé à quelqu'un d'autre. Tant mieux.

Et en même temps (spéciale dédicace à LREM), qu'est ce qu'il se passe si ce second urologue à un avis différent ? qu'est je fais fais dans ce cas ? Qu'est ce que je décide alors que l'opération est programmée pour demain ? Fais chier ce deuxième avis ! Finalement il m'inquiète plus qu'autre chose.

Mais m'y voilà. J'explique : "grosseur, échographie, nouvelle échographie, opération, scanner..." et donc "deuxième avis". Il est légèrement plus jeune que mon premier urologue, blondinet avec de petites lunettes. Son cabinet est hyper récent, dernier cri du design. Je lui tends mes échographies, il me palpe... et arrive au même diagnostic. Ouf ! Je reste dans son cabinet 20-25 minutes. Il est rassurant, bienveillant, prend le temps de m'expliquer. D'après lui, j'aurais un "bon cancer", l'opération est donc "le meilleur choix et la seule possibilité" et la probabilité que l'autre testicule soit touché est "infinitésimale". Est-ce que j'ai des questions ? Est-ce que j'ai le moral ? Comparativement à la rapidité et à la soudaineté du rendez-vous chez le précédent urologue, c'est super agréable. Putain ça fait du bien. J'en ressors même avec le sourire.

Je retourne à la maison récupérer des documents pour la prochaine étape du jour et... putain il n'a même pas regardé mes clichés d'échographies ! mais il s'est basé sur quoi le con !

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