Pense bête

05 août 2017

Attaque de crabe : prise en charge d'ALD

A la sortie de la clinique suite à mon opération, je suis allé chez ma médecin généraliste. C'est elle qui m'avait demandé de passer, dans le but de "faire une demande de 100%". Docile et obéissant, comme d'habitude, j'ai obtempéré. D'après ce que j'en avais compris au téléphone, c'est une démarche qui permettra que mes dépenses soient davantage prises en charge par la Sécurité sociale.

Je m'y était donc rendu, elle avait fait une demande par Internet. Je devrais normalement avoir un retour de la Sécu d'ici quelques jours et il faudrait ensuite que je mette à jour ma carte Vitale. Soit.

Et effectivement, 2 jours plus tard je recevais le message suivant dans mon espace Ameli :

Chère madame, cher monsieur,

Votre médecin traitant a établi une demande de prise en charge à 100%* pour les soins et traitements liés à votre Affection de longue durée (ALD). Celle-ci a été accordée.

Une notification de prise en charge à 100% pour votre affection longue durée sera mise à disposition dans votre compte ameli d'ici quelques semaines. Pour la télécharger, accédez simplement à la rubrique « La prise en charge de mon ALD ».

Cette rubrique met également à votre disposition toutes les informations dont vous avez besoin pour mieux comprendre les modalités de votre prise en charge en ALD.

Avec toute mon attention,

votre correspondant de l'Assurance Maladie.

* Sur la base du tarif de la Sécurité Sociale. Les soins liés aux autres affections vous seront remboursés aux taux habituels de la Sécurité Sociale.

Je ne sais pas bien ce que je dois en faire de ce message, mais c'est bien noté. Merci à mon correspondant de l'Assurance Maladie, qui m'apprend au passage que j'ai donc une Affection de Longue Durée ! Toujours obéissant, j'avais profité d'un passage chez l'opticien pour mettre à jour à ma carte Vitale (je n'y allais pas pour ça mais à la caisse j'avais aperçu une affichette "Mise à jour de votre carte Vitale ici").

Et voilà qu'aujourd'hui je reçois d'un ma boîte aux lettres un courrier de l'Assurance Maladie intitulé "Votre notification d'exonération du ticket modérateur pour affection de longue durée".

Le ticket modérateur, je connais depuis quelques mois. J'y ai été confronté au CE car on s'apprête à changer de mutuelle et il a bien fallu que je me familiarise avec les termes "base de remboursement", "ticket modérateur", "contrat d'accès aux soins"... Il s'agit de ce qui n'est pas pris en charge par la Sécurité Sociale, en plus de la participation forfaitaire de 1€ ou de la franchise médicale sur les médicaments de 0,50 € (merci Nicolas Sarkozy et Roselyne Bachelot).

Le contenu du courrier est le suivant :

Cher monsieur,
Nous vous informons que l'exonération du ticket modérateur est accordée ou renouvelée pour certaines des affections de longue durée à partir du 20/07/2017.
Cet accord concerne le remboursement des soins et des traitements en rapport avec ces affections. Les soins liés aux autres affections restent remboursés aux taux habituels de la Sécurité Sociale.
Cette exonération du ticket modérateur pourra être réétudiée en fonction de l'évolution de votre état de santé, ou si vous ne souhaitez plus en bénéficier.
Les 5 fiches jointes à ce courrier vous apportent des informations pratiques sur la prise en charge de l'affection de longue durée (ALD).
Pensez à mettre à jour votre carte Vitale pour bénéficier dès à présent de cette prise en charge.
Avec toute mon attention,
votre correspondant de l'Assurance Maladie

Il s'accompagne donc de 5 fiches (format A4 recto-verso) sur différents thèmes :

  1. Le protocole de soins ;
  2. La prise en charge des dépenses de santé liées à mon ALD ;
  3. L'ordonnance bizone ;
  4. La prise en charge des frais de transport liés à mon ALD ;
  5. Les services proposés par l'Assurance Maladie.

Yeah... encore tout un tas de choses dont personne ne m'a parlé et avec lesquelles il va falloir que je me familiarise !

Je relis donc (et je relis vraiment cette fois) le premier message que j'avais reçu dans mon espace et j'y (re)découvre en particulier ce paragraphe :

Une notification de prise en charge à 100% pour votre affection longue durée sera mise à disposition dans votre compte ameli d'ici quelques semaines. Pour la télécharger, accédez simplement à la rubrique « La prise en charge de mon ALD ».

Partons donc à la recherche de cette fameuse rubrique ! Verdict : c'est... galère ! Après moultes recherches j'ai fini par la trouver grâce à une aide trouver sur le Net. Pour toutes celles et ceux qui cherchent encore, il faut choisir "Mes informations" puis "La prise en charge de mon affection longue durée ALD".

Capture du 2017-08-05 17-08-56

Je télécharge ma "Notification de prise en charge à 100% pour affection de longue durée"... qui s'avère être exactement le document que je viens de recevoir par courrier.

J'imagine qu'à présent il va me falloir étudier tous ces nouveaux documents.

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04 août 2017

Attaque de crabe : paumé

Je suis paumé, je vis à mille lieues de ce monde là, le monde du cancer. Son vocabulaire m'est complètement étranger.

J'étais sorti de chez le chirurgien plutôt satisfait des informations qu'il m'a données et des réponses qu'il a pu faire à mes questions. La suite était claire dans ma tête : j'ai rendez-vous avec un oncologue qui me dira quel traitement est le plus adapté.

Mais maintenant que des amis, des collègues, la famille me questionnent sur mon rendez-vous avec le chirurgien et sur le résultat de mes analyses, je ne suis plus certain de rien.

D'après mon chef, il semblerait que tumeur n'implique pas cancer. Arf... première nouvelle ! Pour moi c'était pourtant clair, on m'annonce une tumeur... donc j'ai (ou j'avais) un cancer. Simple. Ou pas si simple.

Découverte suivante (merci Betti), il existe une classification parmi les cancers. Ca s'appelle la classification TNM. Maintenant que j'y pense, j'avais bien entendu parler de stade (cancer stade 1 voire cancer phase terminale), auquel je n'avais pas songé jusque là, mais de classification jamais. Et en relisant mon résultat d'analyse, il en est bien fait référence. C'est même la dernière ligne du paragraphe de conclusion. J'ai donc obtenu la classification pT1-R0. Pas de bol, ça ne rentre pas dans la classification Wikipedia. Il faudra interroger l'oncologue, puisque le chirurgien ne m'a rien dit à ce propos.

Et enfin, c'est quoi ce satané protocole !? Le chirurgien a dû me dire quelque chose : "Il y a plusieurs protocoles". Je l'ai pris comme un synonyme de traitement, à voir avec l'oncologue. Mais ça semble être un terme bien plus précis que ça, du vrai jargon de cancérologue. Pourquoi tout le monde semble connaître ça et moi non ? Je n'ai pas du être assez attentif devant Urgences.

Bref tout ça donne une furieuse impression d'être un parfait candide, et pour tout dire ça fait un peu flipper.

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Attaque de crabe : résultats histologiques

L'ordonnance indiquait un rendez-vous à 8h30. Mais j'avais reçu un SMS me confirmant le rendez-vous à 8h20 (pourquoi faire simple...). Dans le doute je me suis pointé pour 8h20. Le but était de rencontrer non pas par le chirurgien qui m'a opéré (il est en congés) mais un de ses collègues "pour commentaire des résultats histologiques". Il m'a donc résumé le rapport de 2 pages du médecin analyste qui : confirme la tumeur, m'annonce le poids de la "pièce prélevée" (54 grammes), raconte mille et une choses incompréhensibles ("embole néoplasique", "anticorps PLAP", "infiltration de l'albuginée"...) et écrit aussi ce constat tout à fait inattendu : ma "vaginale est normale" (aucune idée de ce que ça veut dire, je ne me suis pas encore documenté) !

Un chirurgien plutôt sympa et ouvert à la discussion et aux questions (ce qui change de celui qui m'a opéré). Il a jugé ma plaie propre et semble satisfait de l'opération.

La suite, ça dépend d'un oncologue qu'il faut que je rencontre. D'après le chirurgien, il y a plein de protocoles différents suivant la pathologie, l'état de la science, l'humeur de l'oncologue, l'état d'esprit du patient... Pour moi, qui suis "cortiqué" (dixit le chirurgien qui a utilisé le mot à deux reprises, d'où d'ailleurs le verbe décortiquer, qui vient donc de cortex), il est possible qu'une surveillance avec un peu de radio suffise. Mais c'est l'oncologue qui dira. Lui ne veut surout pas se mouiller, il n'est qu'un "artisan".

A 8h35 j'en avais fini... avec le chirurgien. Il fallait encore attendre son assistante pour récupérer le compte-rendu opératoire, le compte-rendu d'hospitalisation, le rapport d'analyse, le courrier pour l'oncologue et le courrier pour le médecin généraliste et elle n'arrivait qu'à 9h00. Un peu de poireautage, puis 40 minutes passées dans le bureau de l'assistante (ouaih faut le temps de taper les courriers, d'imprimer tout ça en 3 exemplaires, de répondre aux appels des autres patients...) et fini pour aujourd'hui... avec l'urologue et son monde.

Je file au bureau de l'oncologue (bâtiment à côté). J'y laisse le courrier qui lui est destiné et on fixe un rendez-vous. Ce sera mercredi.

Moi qui croyait être fixé sur un éventuel traitement suite à ma visite chez le chirurgien, c'est raté.

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25 juillet 2017

Attaque de crabe ? (10)

C'est finalement mon tour. Un infirmier (anésthésiste ?) vient me chercher. Il me tape la discussion, je sens bien qu'il cherche à me metre à l'aise. On rentre ensemble dans le bloc où un autre infirmier (?) s'affaire et me fait allonger. Le chirurgien arrive, ainsi que deux autres personnes : l'anesthésiste (?) et une infirmière anesthésiste (?). Tout va très vite : cathéter, masque, deux respirations... et je tombe dans les bras de Morphée. Il doit être 13h.

Me voilà en salle de réveil au milieu d'autres brancards, un peu dans les vappes. Je crois qu'on m'enlève le masque. Je reste allongé là 15-20 minutes (ou 5 ? ou 30 ?) puis un jeune brancardier m'embarque pour me faire rouler vers ma chambre, au 3ème étage. En nous voyant arriver, les infirmières râlent : ça va trop vite pour elles, trop de lits qui arrivent, trop de patients à gérer.

Je suis installé dans une chambre individuelle (j'avais demandé). Je demande l'heure : il est 14h30.

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Attaque de crabe ? (9)

Le jour J ! J'ai plutôt bien dormi. J'ai même fait un rêve génial que je n'ai pas écrit de suite et dont je peine à me souvenir précisément.

Le planning avant l'opération est simple : pas de petit déj' (il me faut être à jeun à partir de 6h du mat'), boisson sucrée autorisée jusqu'à 10h (j'ai acheté de l'Ice Tea), toilette au savon spécial, passage au laboratoire pour récupérer les derniers résultats d'analyse de sang (en particulier les marqueurs tumoraux qui peuvent donner des indications sur la présence de tumeurs, même si ce n'est pas très fiable dixit M. Deuxième avis), et enfin admission. Je m'y rends seul, j'ai indiqué aux parents que je saurai me débrouiller.

L'admission se présente de la même façon qu'au CECOS : une borne pour éditer un ticket (ticket Admission cette fois, pas Consultation) mais sans aucune attente, je suis seul. On vérifie mon dossier. Je demande si ma nuit en chambre est bien prévue : premier couac, ce n'est pas le cas. Il faudra que j'en discute avec les infirmières. Parfait, je n'avais que ça à penser aujourd'hui !

Direction l'acceuil Patient Debout. Rien à voir avec Nuit Debout, nulle trace de débats, commissions, révolution citoyenne... Seulement des rangées de fauteuils tous dirigés dans le même sens (ça n'aide pas à l'échange, on est loin de Nuit Debout) et un homme assis.

Une infirmière me fait rentrer dans son bureau, re-vérifie mon dossier. Ca commence mal : "c'est pour les 2 testicules ?". Pas du tout !!! C'est uniquement la gauche ! Mais c'est pas indiqué bordel ! L'art de rassurer et de mettre en confiance... Elle prend l'ensemble de mes documents médicaux (échographies, scanner, analyses de sang) et de mes documents administratifs (dont Attestation de l'information donnée au patient,  Consentement éclairé et autorisation et Personne de confiance et directives anticipées). Pour la chambre (et la nuit), c'est règlé. J'ai également le droit à 2 comprimés de Dafalgan et on passe au vestiaire.

Le principe : je me fous à poil, j'enfile slip bleu, blouse bleue, charlotte, chaussettes de contention, babouches puis peignoir. Je range toutes mes affaires qui partiront en bagagerie, sauf mes lunettes que je peux garder.

Nouvelle attente dans une nouvelle salle, avec toujours des rangées de fauteuils mais tous dirigés vers un écran de télévision qui diffuse BFM et avec davantage de monde (et des bouquins de sudoku déposés sur les tables basses).

Le moment fatidique approche.

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24 juillet 2017

Attaque de crabe ? (7)

Ca n'en finit jamais, j'ai à présent rendez-vous au CECOS.

C'est la question qui préoccupe tout le monde sauf moi, de l'échographe aux chirurgiens en passant par leurs assistantes, les manip radio et toutes les personnes de cet endroit jusqu'alors inconnu. Je ne me suis jamais autant rendu compte de cette injonction à la parentalité qu'aujourd'hui. Mais moi suis célibataire pour le moment, et gay, ce qui ne rend pas les choses faciles aujourd'hui donc ce n'est pas du tout ma préoccupation du moment, pas du tout. Ce qui m'intéresse (et m'inquiète) c'est plutôt ma sexualité, la sensibilité érogène de ma couille manquante, l'aspect visuel de la chose, l'effet éventuel d'un cockring... mais personne n'évoque le sujet.

Ca ne m'empêche pas de suivre les directives : "aller au CECOS", le Centre d'Etude et de Conservation des Oeufs et du Sperme humains. Et c'est vrai, on ne sait jamais. Allons conserver du sperme.

Le CECOS c'est à l'HFME (Hôpital Femme-Mère-Enfant). On m'a donné des consignes : faire faire des étiquettes (!?) puis me rendre à l'étage inférieur au fond à gauche. Au téléphone, les étiquettes, je n'ai rien compris ce que c'était et où je faisais ça. Je me renseigne en arrivant. Facile, c'est dans l'entrée : j'imprime un ticket Consultation et j'attends qu'on m'appelle... 25 minutes ! Mais j'ai finalement mon sésame "Etiquettes" qui me permet d'accéder au CECOS.

J'y arrive sans trop savoir où je mets les pieds et ce qui m'y attend (même si j'ai une petite idée). Une infirmière m'accueille pour m'enregistrer, vérifier ma sérologie (on m'a fait les prélèvements jeudi) et me guider jusqu'à un cagibi avec un lit et un évier. Les nouvelles consignes : fermer la porte à clé, laver les mains et brosser les ongles (j'ai gagné une brosse spéciale pour ça), toilette intime ("ne pas hésiter à décalotter") puis... masturbation !

C'est glauque, sans être excitant du tout. La porte est mince, il y a du bruit dans le couloir, le coeur (et le reste) n'y est pas. Fermer les yeux, s'allonger, respirer, convoquer des images... Le plus difficile est d'amorcer l'érection. Puis c'est parti, il suffit de ne plus penser à pourquoi je suis là, à ce qui arrivera demain. Et se vider dans le charmant flacon stérile en espérant qu'il y en aura assez, qu'il sera bon. Espoir étonnamment présent à l'esprit et ridicule à la fois : je n'ai aucun projet d'enfant aujourd'hui et quand bien même, je continuerai de produire des spermatozoïdes après l'opération. Je ne sais vraiment pas ce que je fais là, si ce n'est qu'on m'a inviter à y aller.

Il me faut maintenant voir le médecin, une femme en l'occurrence et qui s'appelle Giscard d'Estaing. J'avais en mémoire que c'était un nom créé par VGE, il faudra que je vérifie.* Elle passera me voir dans 20 minutes et m'invite à patienter en salle d'attente, où se trouve déjà un jeune couple.

Un homme vient me chercher au bout de 5 minutes et se présente comme psychologue. Il m'explique qu'il reçoit tous les patients qui viennent au CECOS. Souriant, avec un accent que je peine à déchiffrer, je le suis jusqu'à une pièce quasi vide (table et chaises) qui fait office de cabinet. Son nom n'est pas inscrit sur la porte (j'apprendrai plus tard qu'il s'appelle Souza, gageons qu'il est Portugais).

*Vérification faite : le nouveau patronyme fut autorisé par décret pour le père de VGE en 1922, soit 4 ans avant la naissance du futur président de la république.

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Attaque de crabe ? (6)

Avant d'apprendre que je me ferai opérer aussi subitement, j'avais pris rendez-vous chez un urologue pour lui montrer le résultat de l'échographie. Une fois que j'ai su pour l'opération (et que j'avais donc déjà vu un urologue, en urgence), j'ai annulé. Puis j'ai rappelé. J'ai envie d'un deuxième avis et c'est l'occasion, le rendez-vous était déjà pris. Il n'a pas été refilé à quelqu'un d'autre. Tant mieux.

Et en même temps (spéciale dédicace à LREM), qu'est ce qu'il se passe si ce second urologue à un avis différent ? qu'est je fais fais dans ce cas ? Qu'est ce que je décide alors que l'opération est programmée pour demain ? Fais chier ce deuxième avis ! Finalement il m'inquiète plus qu'autre chose.

Mais m'y voilà. J'explique : "grosseur, échographie, nouvelle échographie, opération, scanner..." et donc "deuxième avis". Il est légèrement plus jeune que mon premier urologue, blondinet avec de petites lunettes. Son cabinet est hyper récent, dernier cri du design. Je lui tends mes échographies, il me palpe... et arrive au même diagnostic. Ouf ! Je reste dans son cabinet 20-25 minutes. Il est rassurant, bienveillant, prend le temps de m'expliquer. D'après lui, j'aurais un "bon cancer", l'opération est donc "le meilleur choix et la seule possibilité" et la probabilité que l'autre testicule soit touché est "infinitésimale". Est-ce que j'ai des questions ? Est-ce que j'ai le moral ? Comparativement à la rapidité et à la soudaineté du rendez-vous chez le précédent urologue, c'est super agréable. Putain ça fait du bien. J'en ressors même avec le sourire.

Je retourne à la maison récupérer des documents pour la prochaine étape du jour et... putain il n'a même pas regardé mes clichés d'échographies ! mais il s'est basé sur quoi le con !

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20 juillet 2017

Attaque de crabe ? (3)

Ce n'est pas Pachygrapsus marmoratus et il n'est pas encore certain que ce soit un cancer. L'avenir le dira...

Pour le moment je poursuis mon après-midi de services en services, sans vraiment réfléchir, discipliné. La prochaine étape c'est le scanner. La salle d'attente est bondée, une bonne dizaine de personnes y sont assis. Je ne fais que passer pour confirmer le rendez-vous. Ce sera demain à 11h, pas au scanner mais au service radiologie. En prime je repars avec une nouvelle ordonnance (la quatrième) pour du produit à injecter (de l'iode) en vue du scanner.

Direction le labo, j'ai toute une série d'analyses de sang à effectuer : créatinine (pour le scanner si j'ai bien compris), alpha-foetoprotéine, hCG totale et beta hCG et LDH (des marqueurs tumoraux) et également des tests sérologiques (hépatites B et C, syphilis et HIV). Je n'ai jamais été bien à l'aise avec les aiguilles. On m'a déjà piqué il y a une semaine et c'est reparti pour un tour, avec plusieurs prélèvements cette fois compte tenu du nombre d'analyses à effectuer. L'infirmière, pleine de bonne volonté, tente de me rassurer. Elle pique sans mal pendant que je détourne le regard, enlève l'aiguille et me met un pansement... mais elle a oublié un prélèvement. Il va falloir repiquer. Elle s'excuse, d'autant plus sincèrement qu'elle doit voir mon enthousiasme à li'dée de remettre ça. Heureusement ça se fait rapidement et je peux enfin quitter le labo et la clinique. Il est 17h15.

J'en profite pour tenter de contacter ma généraliste par SMS.

Capture du 2017-07-23 19-37-00

Je l'appellerai plus tard dans la journée sans succès.

Une dernière étape m'attend pour aujourd'hui : la pharmacie. Il me faut le savon, la crème dépilatoire et le produit pour le scanner. Ce serait trop simple si tout était disponible... mais il n'y a plus de produit, je dois repasser demain.

Retour à la maison. Je fêtais mes 33 ans il y a pile un mois.

Ma journée n'est pas terminée pour autant. Au contraire même peut-être, elle commence. Sans prendre vraiment le temps de me poser, de digérer tout ça (et c'est peut-être aussi bien, ne pas se poser, ne pas réfléchir à ce qui m'arrive, faire, agir, s'activer... ça m'évite de trop psychologiser et de déprimer), je commence par tenter d'appeler un collègue. Je suis censé mener une réunion de CE demain. Je n'y serai évidemment pas. Je l'appelle donc, lui explique, comme ça vient "cancer", "testicule", "échographie", "opération", "inattendu", "ablation". Pas tellement envie de m'éterniser dans cette conversation mais lui si, il a des questions, est inquiet pour moi... et je veut simplement y couper court. Ca traîne un peu et je finis par raccrocher.

Plusieurs collègues m'ont envoyé des SMS ou ont cherché à me joindre. Je fais une réponse laconique à l'un d'eux : "Galère de santé pas prévue. Possible que je passe au bureau demain". J'y ai effectivement laissé ma sacoche, je n'avais pas prévu (du tout) de rester l'après-midi à la clinique.

Il est presque 18h. Les parents sont censés arriver dans une demi-heure. Ils ont prévu de passer quelques jours à Lyon et se sont invités chez moi ce soir. Je leur avais déjà dit que je ne passerai pas la soirée avec eurx car j'avais quelque chose de prévu. Au vu des événements de l'après-midi, je compte bien m'y tenir. Je dois boire un verre avec un mec, sans doute en profiter pour faire du sexe, ça me fera le plus grand bien. Il faut que je me change les idées et c'est certain que ça n'arrivera pas avec les parents.

Je ne dirai donc rien aujourd'hui, ferai bonne figure et leur apprendrai la nouvelle demain. Est-ce que ça fait de moi un mauvais fils ? égoïste ? Peut-être oui.

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Attaque de crabe ? (2)

Je sais pourquoi je n'aime pas les hôpitaux : on n'y apprend que de mauvaises nouvelles.

5ème étage, l'étage des anesthésistes. Je me présente, on m'attendait. Une assistante m'accueille et appelle un médecin. Elle appelle à voix haute, s'adressant à un bureau ouvert derrière moi. Une voix d'homme éraillée lui répond. Visiblement il n'a personne non plus en consultation, à croire que personne n'est vraiment occupé ici.

L'anésthésiste me reçoit, il est plus âgé que les médecins précédents. Il me questionne sur ma situation, mon âge, mon poids, ma taille, mes allergies. C'est lui ou l'un de ses collègues qui m'endormira. C'aurait pu être une péridurale mais ce sera une anesthésie générale. Je me laisse guider. Quel autre choix ai-je ?

Il me tend un document : c'est un formulaire de consentement que je dois signer. Il faudrait le lire avant, ne sans doute pas signer à la légère. Je commence ma lecture. Il m'en tend un autre exemplaire, je peux déjà signer, je pourrai ensuite lire chez moi. Ainsi fait.

C'est rapide ici aussi. Il termine en me tendant un devis. Je parcours ce nouveau document sans aucun tarif mentionné. Il m'annonce que ce sera la moitié du chirurgien. Et si le chirurgien ne pratique pas de dépassements d'honoraires, il n'y aura pas de dépassements d'honraire non plus. Je sors de son cabinet, je règle la consultation à son assistante (50 €) et je quitte le 5ème étage pour le 3ème.

Le bureau des pré-admissions ressemble à ce que j'imagine de Pôle Emploi. 3 bureaux d'acceuils séparés par des cloisons, un distributeur de tickets comme au rayon boucherie d'un supermarché, des chaises et des tables sur lesquelles sont déposés des formulaires à remplir. J'ai déjà le mien, fourni par l'assistante de l'urologue et que je me mets à renseigner : état civil, adresse, téléphone et surtout coordonnées d'une personne à contacter au cas où (au cas où quoi ? ce n'est pas mentionné).

Mon numéro de ticket est appelé, je m'assois en face d'une dame, j'y passe 5 minutes et je repars avec une pochette remplie de nouveaux documents (ça s'appelle le "dossier d'informations personnelles") et une nouvelle mission : contacter ma mutuelle pour préparer une prise en charge hospitalière. En quoi ça consiste exactement ? Je n'en sais rien, je ne demande pas, j'obéis et quitte le bureau des pré-admissions pour retrouver comme convenu l'assistante du chirurgien urologue.

Elle a profité de mon absence pour contacter le CECOS. Le CECOS ? Oui, le Centre d'Etude et de Conservation des Oeufs et du Sperme humains ! Il faudrait que j'y passe pour qu'ils y conservent mon sperme. Malheureusement le CECOS ferme à 15h30, elle n'a pas pu les joindre. Ce sera une de mes missions de demain. J'ai le droit à une ordonnance pour cela, avec des examens sanguins.

Un rendez-vous pour le scanner a pu être trouvé. Ce sera demain à 11h. Je gagne une nouvelle ordonnance pour cet examen et le droit d'y passer auparavant pour confirmer le rendez-vous. Une dernière ordonnance m'attend, encore pour des examens sanguins complémentaires (en particulier en vue du scanner de demain). En terme de documentation, elle me remet également un schéma du corps humain et me surligne la "zone à dépiler" avant l'opération.

L'assistante me fait un dernier récapitulatif de mes missions pour aujourd'hui et demain : passer au scanner immédiatement pour confirmer le rendez-vous, filer au labo pour réaliser immédiatement les prélèvements de sang. D'ici l'opération il faudra aussi que je passe à la pharmacie récupérer une crème dépilatoire et un savon pour me laver avant l'opéartion, que je contacte le CECOS, que je contacte ma mutuelle pour la prise en charge hospitalière et que je n'oublie pas le scanner demain. Je vais donc être bien occupé, pas certain qu'on me voit au boulot demain.

Avant de la quitter pour aujourd'hui, changement de stratégie pour mon séjour à la clinique : comme je vis seul, je resterai la nuit suivant l'opération pour surveillance.

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Attaque de crabe ? (1)

Il devait s'agir d'un examen de routine, un simple contrôle. Je m'absenterai provisoirement du bureau, je serai de retour 40-45 minutes plus tard.

Une manipulatrice radio m'appelle et me guide jusqu'au sas de la salle d'examen, m'invitant à enlever le bas en me tendant un morceau de papier de table d'examen : "Mettez ça !". La fois précédente, je n'avais pas bien compris : "qu'est ce qu'elle veut que je fasse avec ce bout de papier ? ça ne passera jamais comme pagne !?". Je l'avais laissé à côté de moi. Cette fois-ci je tente une autre technique : j'enlève pantalon et boxer, je m'allonge sur la table d'examen et me cache sexe et couilles avec. C'est peut-être ça qu'elle voulait me faire comprendre.

L'échographe arrive et commence l'examen. Il doit avoir la quarantaine, châtain avec de petites lunettes qui lui donnent une bonne bouille sérieuse et bienveillante. En d'autres circonstances je l'aurais trouvé mignon. Ses remarques n'aident pas. "Il y a des choses à l'intérieur" ("oui mais encore... c'est une bonne chose ? une mauvaise ?"), "C'est pas très bon" ("génial, tu peux m'en dire plus ?"), "Vous avez déjà des enfants ?".

On termine l'examen, je peux nettoyer tout le gel qu'il a étalé. Il ne dit rien mais je sens qu'il n'est pas satisfait de ce qu'il a vu. Je peux retourner attendre son compte-rendu dans la salle d'attente, il va regarder dans la "littérature".

Le voilà de retour, sans son compte-rendu. Ce n'est pas bon. Il m'annonce que je devrais aller voir immédiatement un urologue, il en a contacté un qui peut me recevoir tout de suite. Il va sans doute falloir "enlever" (enlever quoi ? le mot ne sera pas prononcé). Il se doute bien que je dois retourner travailler mais si c'était pour lui, il n'hésiterait pas. Il me faut donner une réponse, ce n'est pas le moment de réfléchir. Je n'en ai ni le temps ni la capacité : j'acquiese. Quoi faire d'autre face à l'incitation de l'autorité médicale ?

Il va confirmer mon arrivée à l'urologue et rédiger définitivement ce satané compte-rendu. J'en profite pour contacter mon chef : je ne serai pas de retour au bureau cette après-midi, merde de santé inattendue.

Je repars avec mes clichés et mon compte-rendu direction l'urologue dans un autre bâtiment de la clinique. Il n'a aucune consultation en cours lorsque j'arrive, me voilà assis dans son cabinet.Les clichés de l'échographie ne lui plaisent pas mais une palpation lui donnera plus d'ndications. Mauvaise pioche : la palpation n'indique pas un cancer, aucune dureté au toucher. L'examen clinique n'indique pas un cancer mais l'échographie montrant des irrégularités de structure, la sentence tombe : "Je vous opère mardi". Surprise, l'urologue n'est pas un simple urologue : c'est un chirurgien urologue. Et c'est qu'il y a urgence visiblement. Nous sommes jeudi, mardi prochain je passe sur le billard.

Une incision sera effectué en haut de la région inguinale (il me montre, je n'ai aucune chance de comprendre sinon et je crois que je n'aurais pas eu la présence d'esprit de poser la question). Et il poursuit m'expliquant en quoi consiste l'opération.

Suite à l'opération, une analyse sera effectuée pour vérifier si mon testicule comporte des cellules tumorales ou pas.

Une seule question vient à ce moment. Une seule !? Oui, bien qu'il y en aurait des dizaines des centaines d'autres mais le cerveau a fermé boutique. Alors il entend mais il n'écoute plus vraiment, se contentant de hocher la tête face au chirurgien. C'est étrange comme mon esprit est verrouillé, se refusant de penser et de questionner. C'est comme si mon cerveau ne voulait plus. Pour quoi ? pour me protéger ? m'empêcher de visualiser tout ce qui va m'arriver ? Pendant tous ces instants, je ne suis qu'un robot.

Ne peut-on pas vérifier la présence de tumeur avant d'opérer et n'opérer que si leur présence est avérée ? Ce sera non, impossible.

Lui aussi une question : "est-ce que je veux une prothèse ?". Il semble attendre ma réponse. Je dois le regarder bizarrement car il reprend la parole et attrape quelque chose dans un tiroir : la fameuse prothèse qu'il peut m'implenter en compensation de ce qu'il me retirera. Il me faut de nouveau répondre sans comprendre ni peser les enjeux. Je bredouille un "Oui". Ca semble lui aller, on passe à la suite.

Il faudrait également faire un scanner, pour observer l'étendue des dégâts : suis-je rempli de cellules cancéreuses ou bien la progression est-elle limitée voire inexistante ? L'urologue recontacte donc l'échogrape pour tenter de me trouver une place en urgence au scanner. Moi j'observe tout ça sans bien saisir tout ce qui se passe autour de moi. Ca ne semble pas simple de me caser un examen au scanner en ces temps de congés, d'autant plus que l'un des deux scanners de la clinique est en maintenance (il va être remplacé). Il regarde ce qu'il peut faire.

Tout cette visite dans le cabinet de l'urologue aura durée 10 minutes (en tout cas c'est ce qui m'a semblé). Rapide donc, beaucoup trop rapide quand j'y repense et finalement violent.

C'est à présent avec l'assistante de l'urologue que je dois traiter. La suite du parcours est toute tracée, elle me l'explique. Elle a contacté l'anésthésiste qui va me recevoir en urgence au 5ème étage. Direction ensuite le service de pré-admission au 3ème étage pour préparer ma venue pour l'opération. Je rentre à la clinique le matin, j'en ressors en fin de journée. Elle me tend un formulaire à remplir pour la pré-admission. Une fois que tout ça sera fait, je reviens la voir pour la suite des opérations. D'ici là, elle essaie de confirmer un rendez-vous avec le scanner.

Voilà les appels et SMS des collègues, inquiets de ne pas me voir de retour, qui commencent à tomber. Pas le temps, pas l'envie de leur répondre.

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