Pense bête

10 novembre 2019

Merci aux Musulman·es de France pour leur immense patience

Putain mais quel climat raciste et islamophobe de merde ! L'impression que la France a définitivement virée extrême-droite. Faut dire que la droite traditionnelle, la République en Marche voire les socialistes n'ont parfois rien à envier au parti de Marine le Pen. Mais comment et pourquoi laisse-t-on faire encore ?

Eric Zemmour, a enfin été condamné pour provocation à la haine et aussitôt on apprend que CNews lui donne une heure d'antenne quotidienne pour revenir cracher sa haine. LCI lui avait déjà confié son antenne en direct pour son discours au meeting d'extrême droite organisée par des proches de Marion Maréchal Le Pen.

Pour fêter ça, France Inter et Lea Salamé demandent à un homme condamné pour "provocation à la haine, à la discrimination et à la violence raciale" (Jean-Marie Le Pen) son avis sur un autre condamné pour "provocation à la haine religieuse pour des propos sur les musulmans".

Sur CNews, on débat de "barbes signifiantes", de "barbes préoccupantes" mais aussi de "barbes significatives". Toute ressemblance aux "tares corporelles visibles pour reconnaître le Juif" est évidemment fortuite. Comme le dit Daniel Schneidermann dans sa chronique de Libé, le grand remplacement est bien en train d'avoir lieu... mais parmi les journalistes/chroniqueurs/éditocrates de nos médias.

A Dijon, un élu du Rassemblement National humilie en vidéo une femme venue accompagnée la classe de son fils à une session du conseil régional.

On en profite donc sur tous les plateaux pour baver sur le danger que représentent celles qui portent le voile... sans inviter aucune femme voilée (85 débats sur le voile, 286 invitations et 0 femme voilée selon le décompte de Check News).

Yves Thréard, directeur adjoint de la rédaction du Figaro, balance qu'il "déteste la religion musulmane" sans que personne ne réagisse sur le plateau de LCI.

Olivier Galzi, journaliste sur LCI, en profite pour se demander "s'il ne faut pas interdire le voile comme on interdit un uniforme SS ?".

Jean-Michel Blanquer, ministre de l'Education nationale, veut qu'on "signale" (QU'ON SIGNALE !?) "les petits garçons qui refusent de tenir la main des filles".

L'université de Cergy fournit un formulaire à ses profs afin de faire remonter les "signaux faibles" :

SignauxFaibles1

SignauxFaibles2

Le Petit Paumé publie un article raciste dans son guide lyonnais :

"Alors que je fuis une bande de rebeus place Guillotière, je m’engouffre, un peu par hasard à ho36. Bonne pioche ! Des jeunes blancs qui travaillent sur leurs ordis, tout en sirotant un bon café latte. Je vais pouvoir me fondre dans la masse. L’espace est design, les tables sont grandes et les prix bas. Avec ho36, on a un peu de la Presqu’île, mais à Guillotière."

Assa Traoré se voit encore et encore criminalisée pour ses actions de demande de vérité sur la mort de son frère.

Ca me fait paniquer, tant d'obsession et d'empressement à taper toujours sur les mêmes. Alors soutien à toustes les Musulman·es de France. Et merci pour votre immense patience.

Posté par Pensebete à 09:02 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

16 octobre 2019

Les assisté·es du chômage

Il y a encore peu, Christophe Barbier, faisant preuve d'une grande originalité, chiait à nouveau sur les personnes au chômage :

Grâce à l'Unedic, quelques petits rappels pour Christophe Barbier et les autres.

En 2018, 40% des chômeurs ne touchaient aucune allocation par Pôle Emploi.

Chomage

Parmi les chômeurs qui touchent une indemnisation de Pôle Emploi, la moitié touche moins de 860 € net par mois. 95% touchent moins de 1750 € net par mois.

Chomage2

Ces chiffres de l'Unedic sont à retrouver ici.

Sous un autre format, piqué à l'Observatoire des inégalités :

ChomageObsInegalites

Posté par Pensebete à 21:49 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,
13 octobre 2019

RIO

La RIO c'est fini. J'en reviens fatigué (un peu) et déprimé (beaucoup).

Ca a commencé de manière enthousiasmante et prometteuse par l'occupation d'un temple de la consommation débridée (le centre commercial Italie 2 à Paris) et sous forme de convergence des luttes (Gilets jaunes, Comité Adama, manifestants hong-kongais, Pablo Servigne...). Même si le mouvement n'occupait qu'un petit espace du centre commercial, si cette occupation n'a pas duré, j'ai regretté de ne pas être présent pour ce moment porteur de sens (centre commercial et convergence des luttes).

Quel bilan tirer pour le reste de la semaine à laquelle j'ai participé ? Etait-ce un premier gros rendez-vous national réussi ? Sans doute cela dépend-il des objectifs de cette semaine de rébellion...

  • Faire masse

Nous étions donc 2 000 personnes selon Reporterre sur la place du Châtelet lundi. Maigre bilan pour une mobilisation nationale prévue plusieurs mois à l'avance, d'autant plus si on compare au rassemblement homophobe de la Manif pour tous de la veille (estimation à 75 000 personnes selon le cabinet Occurrence). Honorable si on considère qu'il s'agit exclusivement de militant·es d'un mouvement très jeune.

La convergence des luttes n'a pas vraiment eu lieu, malgré la présence de quelques gilets jaunes.

  • Etre ensemble

Indéniablement une réussite : la preuve que nous savions nous organiser. La logistique ça nous connait (toilettes sèches, cantine, équipements de blocage, base arrière juridique, street médics, bulle de soin...).

C'est également l'intérêt de ce type de rencontres : passer du temps avec des allié·es, se connaître, se reconnaître, au passage se charger d'énergie. Et par la même occasion, créer de nouveaux groupes affinitaires pour de futures actions, pas forcément estampillées XR.

C'est une des choses à laquelle je pensais être le plus hermétique chez XR : la culture régénératrice. Et force est de constater que j'y ai pris goût. Ca fait du bien cette bienveillance (fût elle Bisounours), ce souci de l'autre, ces moments de tendresse et de câlins à se prendre dans les bras l'un de l'autre. Je dois trop être en manque d'affection.

  • Obtenir une couverture médiatique

Si cela faisait partie des objectifs, force est de constater que c'est raté. Hormis les médias spécialisés (type Reporterre qui a largement ouvert la mobilisation), la semaine de rébellion a bénéficié d'une large indifférence médiatique.

Cela dit, est-ce vraiment souhaitable ? Nos actions doivent-elles être guidées par l'obsession de la communication à tout prix ? de la recherche de belles images ? Sans compter que cela prend du temps. J'ai par exemple pris part à l'affichage du symbole d'XR au sommet de l'arc de triomphe de l'étoile. La préparation de cette action a nécessité des repérages, des heures de discussion, de préparation... pour un résultat plus que mitigé.

Reste qu'il y avait des sujets pour les médias. Il s'en est passé des choses, par exemple :discussion-débat avec un habitant de la ZAD de NDDL, discussion-débat sur la question de la violence, méditation, occupation d'un McDo, atelier jeu sur la fresque du climat, installation d'une cabane de Gilets jaunes, écriture de tags, intervention et échanges avec Carola Rackete, la capitaine du Sea Watch 3 qui patrouille en Méditerranée, couverture de pub dans le métro, batucada, chorale, fanfare...

  • Engager un rapport de force politique

Il existe une grande variété d'actions possibles pour un mouvement de luttes émancipateur. Tracter sur un marché ce n'est pas effectuer un blocage. Manifester (classiquement ou de manière festive ou originale) ce n'est pas saboter des équipements de chantier. J'ai pu dans le passé participer à différents types d'actions, je sais aujourd'hui ce que je ne veux plus faire et au contraire là où je préfère consacrer mon temps et mon énergie.

La stratégie principale pour cette semaine de rébellion était le blocage. Et là encore, un blocage d'un espace public (rue, place...) n'est pas un blocage d'un lieu de pouvoir public (Assemblée nationale, palais de l'Elysée) ou privé (siège de la FNSEA, de Total, centre commercial, usine pétrochimique...). Et même parmi les lieux publics, une place n'est pas un aéroport (si celui-ci a encore la chance d'être public). Dans chaque cas, l'objectif n'est pas le même, le public touché n'est pas le même et le rapport de force n'est pas le même non plus.

Le rapport de force n'était sans doute pas l'objectif de l'occupation du Châtelet et c'est très certainement pour cela qu'XR a bénéficié d'une relative bienveillance des forces de l'ordre. Même si on n'est jamais surpris par un syndicat comme Synergie Officiers qui insultent copieusement XR et ses militant·es :

Cette bienveillance policière tient aussi à la sociologie des rebelles : éduqués, jeunes, blancs... Soit une classe de privilégié·es, qui n'a jamais eu à subir les violences policières, le racisme d'Etat. Et parce que nous bénéficions de ces privilèges, à nous peut-être d'en profiter pour monter en rébellion, pour faire ce que tout le monde ne peut pas se permettre aujourd'hui du fait de l'inégalité devant la police et la justice.

 

Bref, nous n'avons pas fait peur.

 

Qu'est ce que je fais de tout ça ? Qu'est ce qu'on fait de tout ça ?

Je n'ai jamais été écolo. Je veux dire par là que je n'ai jamais été convaincu par les Verts. Mon sujet a presque toujours été le capitalisme

J'ai rejoint XR par opportunisme. Je n'ai pas été attiré plus que ça par les valeurs et les revendications, mais plutôt par l'envie partagé d'agir, de faire et non plus de manifester, débattre, convaincre... Il s'agit d'une choix stratégique : si la meilleure façon du moment de faire tomber le capitalisme c'est de faire masse contre la crise écologique et climatique, dont acte. Fonçons !

Fonçons oui, et si c'est avec XR, alors fonçons de manière non-violente. Et ce qu'a donné à voir la RIO, s'il en était besoin, c'est bien que la définition de la violence ne fait pas consensus. Qu'est ce qui est violent ? Qu'est ce qui ne l'est pas ? Par exemple ci-dessous, violent ou non violent ?

  • occuper une place publique
  • effacer une inscription en hommage à Selom et Matisse, morts suite en 2017 à Lille suite à une course-poursuite avec la police
  • chanter en anglais
  • faire une minute de silence en hommage aux policiers morts sans en faire une en hommage aux victimes de violences policières
  • réduire les effectifs dans les hôpitaux
  • dégrader un panneau publicitaire
  • fliquer les chômeurs et chômeuses

Je ne considère pas que la non-violence est un dogme et que la violence est à prohiber. Bien au contraire. Et actuellement, j'ai du mal à voir ce qui dans le consensus de non-violence d'XR (pas de dégradation par exemple) pourra engager réellement le rapport de forces.

Posté par Pensebete à 22:16 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,
05 septembre 2019

Enculé

C'est arrivé très vite, le lendemain de mon coming out. Un "truc d'enculé" énoncé par un ami, puis immédiatement repris et répété en "truc de connard", comme s'il sentait bien qu'il y avait quelque chose de potentiellement homophobe dans l'expression.

Puis la question m'a été directement posée en tête-à-tête '("est-ce qu'on peut toujours dire enculé, pédé ?") ou par mail ("est ce qu'on peut faire des blagues pourries? Utiliser les mots 'baltringue', 'tarlouze' et 'pédé'?"). Preuve que ça ne va pas de soi, que certains hétéros se questionnent. Ma réponse de l'époque a été de dire "oui, bien sûr évidemment".

J'ai rapidement changé d'avis, parce que je ne supportais pas cette stigmatisation homophobe, je me sentais systématiquement et individuellement attaqué.

Au commencement il y a l'injure. Celle que tout gay peut entendre à un moment ou à un autre de sa vie, et qui est le signe de sa vulnérabilité psychologique et sociale.
"Sale pédé" ("sale gouine") ne sont pas de simples mots lancés au passage. Ce sont des agressions verbales qui marquent la conscience. Ce sont des traumatismes plus ou moins violemment ressentis sur l'instant mais qui s'inscrivent dans la mémoire et dans le corps (car la timidité, la gêne, la crainte, l'incertitude de soi, la honte... sont des attitudes corporelles produites par l'hostilité du monde extérieur). Et l'une des conséquences de l'injure est de façonner le rapport aux autres et au monde. Et donc de façonner la personnalité, la subjectivité, l'être même d'un individu.
L’injure me fait savoir que je suis quelqu’un qui n’est pas comme les autres, pas dans la norme. Si quelqu’un me traite de "sale pédé" (ou "sale nègre" ou "sale youpin"), ou même tout simplement de "pédé" ("nègre" ou "youpin"), il ne cherche pas à me communiquer une information sur moi-même. [...] L’injure produit des effets profonds dans la conscience de l’individu parce qu’elle lui dit: "Je t’assimile à", "Je te réduis à". Elle a pour fonction d’instituer, ou de perpétuer, la coupure entre les «normaux» et ceux que Goffman appelle les "stigmatisés", et de faire entrer cette coupure dans la tête des individus. [...]Bien sûr, l’injure "pédé" n’est pas lancée seulement à l’adresse de ceux qui sont soupçonnés de l’être. [Mais] quelle que soit la motivation de celui qui la lance, il est indéniable qu’elle fonctionne toujours et fondamentalement comme un rappel à l’ordre sexuel puisque, même si la personne désignée n’est pas homosexuelle, il est dit, explicitement, qu’être homosexuel est non seulement condamnable mais que tout le monde considère comme infamant de l’être.L’injure produit un sentiment de destin sur l’enfant ou l’adolescent qui se sentent en contravention avec cet ordre, et un sentiment durable et permanent d’insécurité, d’angoisse, et parfois même de terreur, de panique. De nombreuses enquêtes ont montré que le taux de suicide ou de tentatives de suicide chez les jeunes homosexuels est considérablement plus élevé que chez les jeunes hétérosexuels.
Didier Eribon, Réflexions sur la question gay

Et donc, "enculé" est-ce homophobe ? Il n'y a que les hétéros pour feindre que ça ne l'est pas. Et c'est fatigant, déprimant, parfois hautement énervant de devoir les mettre leur nez dans leur homophobie crasse.

Alors oui, "enculé" n'est pas qu'une insulte homophobe. Comme quasi toutes les insultes homophobes, c'est aussi une insulte sexiste. Une manière à la fois de véhiculer une hétéronormativité dans laquelle la sodomie n'est pas la norme, de stigmatiser une pratique sexuelle qui relève d'une condamnation historique et sociale de l'homosexualité.

Et c'est donc aussi une manière de rappeler que l'enculé c'est le passif, le (et donc la) pénétré(e) et par conséquent l'inférieur(e).

Un enculé, donc, c’est un pédé. Une tapette, une pédale, quelqu’un qui suce et qui se fait mettre (du moins pour le sens commun, c’est la représentation classique qu’on s’en fait). Or tout cela porte la marque de la passivité, de l’infériorité. Raison pour laquelle on utilise ces termes comme insulte de choc. Ils doivent en effet servir à rabaisser ou à humilier une personne avec laquelle on se trouve en conflit. A ce stade on m’assure "mais, je n’ai rien contre le pédés", "je ne suis pas homophobe", "je ne le dis pas dans ce sens". Il n’y a pas de bon sens en la matière. Si vous n’êtes pas homophobe, n’utilisez pas les mots qui servent à désigner les homosexuels comme insulte, parce que cela convoque nécessairement cet imaginaire homophobe (et sexiste). Utiliser les références de l’homophobie, c’est (re)produire de l’homophobie. Et activer cet imaginaire, c’est l’entretenir.
Quelle est la différence entre traiter quelqu’un de sale enculé et traiter quelqu’un de sale bougnoule ? Celui qu’on traite d’enculé est le plus souvent présumé ne pas l’être, alors qu’il y a des chances pour que celui qui se fasse traiter de bougnoule soit arabe, ou en tout cas qu’il s’agisse d’une personne racisée (à vue de nez pas bien blanche). Quoiqu’il en soit, dans les deux cas, un terme qui fait office d’insulte sert à stigmatiser et dénigrer une catégorie d’individus que l’on cherche à démarquer de la norme, mettre à la marge de la société. Vous ne diriez pas "sale bougnoule", "sale arabe", ce serait raciste. Ne dites pas non plus "sale enculé", c’est homophobe et ça n’est pas mieux.
Gaëlle Krikorian, Vous avez dit enculé ?

Il est temps que les hétéros ouvrent les yeux, écoutent, lisent, laissent la parole aux personnes qu'elles discriminent. Important de rappeler qu’en réalité "enculé" ne devrait pas être une insulte puisque le mot fait référence à "un acte d’amour et/ou de plaisir entre deux personnes".

Pour prolonger :

Posté par Pensebete à 09:41 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,
13 juillet 2019

Où est Steve ?

1 mois déjà. Mais putain il est où ?

En attendant de le retrouver (ou plus certainement, de retrouver son corps), on en apprend chaque jour un peu plus. Via Libération par exemple :

La plupart des policiers ont arrêté d’avancer et se regroupent à quelques mètres du bunker. Au fond, encore plus à l’ouest, là où se trouvait auparavant le reste de la foule, un nuage de lacrymogène se déplace lentement. A plusieurs reprises, des personnes crient «y a des mecs à l’eau», «y a des mecs dans la Loire». La charge a débuté depuis à peine deux minutes. Malgré ces avertissements, de nouvelles lacrymos sont tirées en direction de la route, mais aussi de la Loire. «Il va y avoir un drame, arrêtez», plaide un jeune auprès des policiers. Un agent rétorque : «Qu’ils arrêtent de nous caillasser alors.»
Durant plus de vingt et une minutes, les policiers ont donc utilisé continuellement des grenades lacrymogènes en direction du fleuve. Pourtant, les autorités ont été averties dès le début de la charge du risque encouru, puis du fait que des personnes étaient tombées à l’eau. Ces informations sont-elles remontées à la salle de commandement ? Le préfet ou, à défaut, son directeur de cabinet ont-ils suivi l’opération ? Ont-ils ordonné l’usage de gaz lacrymogène en grande quantité ? Ont-ils approuvé le recours au Taser, aux grenades de désencerclement, au LBD40 (dont l’emploi a été officiellement reconnu) ?

Des juristes tentent de faire un état des lieux de la situation, une mise en contexte :

S'agissant de la disparition de Steve, en terme d'enquête(s), qu'avons nous ?

Rapidement l'ouverture, par le parquet, d'une enquête, confiée à un.e ou plusieurs juges d'instruction semble-t-il, pour "recherche des causes de la disparition". ET PUIS C'EST TOUT (jusqu'à récemment).

Notons également : pas de communication presse du parquet, pourtant désormais prompt à communiquer (comme il est seul habilité à le faire) lorsqu'une affaire prend un tour médiatique.

Mais ils peuvent faire quoi, dans ce cadre procédural les juges d'instruction ? bah je vais vous dire : faire rechercher Steve, ou plutôt sa dépouille (je pense que nous savons tou.te.s qu'en réalité de "disparition" désormais, il s'agit bien de mort.)

Puis, lorsque celle-ci aura été retrouvée, faire procéder à une autopsie et des analyses, qui, incroyable, nous apprendront probablement que Steve sera décédé par noyade.

Et puis récupérer le maximum de vidéos de la soirée et de la charge policière, pour tenter de localiser Steve, le voir, le localiser et reconstituer ses dernières heures, ses dernières minutes. ET PUIS C'EST TOUT.

Ensuite les juges d'instruction rendent leur copie, donnent les éléments MAIS C'EST LE PARQUET QUI GARDE LA MAIN POUR LA SUITE.

Ici le parquet pratique maintenant (puisqu'évidemment des personnes se sont mobilisées et ont déposé des plaintes) une autre technique bien connue d'annihilation de toute efficacité d'enquête : inertie et saucissonnage.

Car qu'apprend-on ? Que le 10 juillet semble-t-il, soit près de 3 semaines après les faits et la révélation quasi immédiate d'une intervention hautement problématique des FdO, le parquet ouvre "une enquête préliminaire des chefs de violences volontaires par personnes dépositaires de l'autorité publique et mise en danger de la vie d'autrui" confiée à l'IGPN.

En parallèle, parce qu'évidemment les policiers aussi s'organisent, il lance une enquête préliminaire qu'il confie à la PJ, pour des "violences volontaires sur personnes dépositaires de l'autorité publique" (des jets d'objets apparemment).

En apparence, tout est clean. SAUF que beaucoup de temps a été perdu, que plein d'autorités et de services différents sont saisis, dont les services de la PJ dont les collègues sont mis en cause, qui vont pouvoir placer en GAV d'éventuels témoins qui auraient des choses à dire contre la police, vous voyez...

Et nous avons des juges d'instruction dont le champ d'investigation est totalement limité et mis en concurrence avec celui des services de l'IGPN et de la PJ qui eux restent sous la direction du parquet, et disposent de cadres d'enquêtes coercitifs.

Cela aurait été tellement plus simple de saisir d'emblée les juges d'instruction, en plus de leur enquête pour recherche des causes de la disparition (il ne paraît pas délirant de s'assurer du sort de Steve en premier lieu) d'une enquête pour mise en danger d'autrui et violences afin qu'ils disposent d'un cadre procédurale suffisamment large pour enquêter de façon efficace et complète sur l'ENSEMBLE de la séquence. Mais non : cadre procédural foireux, inertie, saucissonnage. Devinez à quoi tout cela va aboutir ?

On observe avec colère et chagrin les mouvements de la police :

Et on se laisse aller à chialer devant ce futur mort de plus, devant tant d'absurdité ou devant les mots d'une ancienne ministre écologique :

Le chagrin esseulé des amis de Steve me bouleverse. Je n’écris ici qu’en mon nom. Mais nous devons chercher Steve, le trouver et comprendre. Comprendre comment aujourd’hui on peut décider de tant d’actions de maintien de l’ordre qui ne maintiennent en rien l’ordre, qui abîment policiers et gendarmes ceux-là même qui ont fait le choix de se mettre au service de leur pays, qui laissent la bride sur le cou à ceux qui ont perdu la mesure de leurs responsabilités, qui blessent et déchirent chaque jour un peu plus une société minée par les inégalités qui s’aggravent et la crise climatique qui fait tournoyer au-dessus de nos têtes la menace d’un avenir invivable pour nos enfants.
Nos enfants qui ne demandent qu’à danser au bord du fleuve les nuits d’été.

Posté par Pensebete à 08:22 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

08 juin 2019

Activisme écologiste et anticapitaliste

On est dans la merde, ça on le sait depuis longtemps maintenant. Et plus encore, on le sent, on le ressent jusque dans nos corps.

On a une responsabilité inédite, pour nous, pour celleux d'aujourd'hui qui ne peuvent pas se permettre de prendre des risques, pour celleux de demain, pour les fragiles, les pauvres, les faibles, les précaires, pour celleux qui subissent déjà de plein fouet les conséquences du capitalisme et de la crise écologique.

On parle de plus en plus d'effondrement, d'un phénomène systémique qui mettra fin à notre mode de vie actuel, du fait de la rupture de l'approvisionnement des flux de marchandises et de ressources (nourriture, eau, électricité, carburant...). L'eau qui coule quand on ouvre un robinet, l'électricité qui apparaît quand on actionne un interrupteur, la nourriture naturellement disponible au supermarché... ne vont plus de soi. On pense avoir dompter la pénurie mais on se trompe.

Et dans un même temps, cet avenir vient réactiver plus que jamais la lutte des classes du fait de l'inégalité d'accès aux premières ressources indispensables, de l'inégalité sociale face aux catastrophes présentes et futures. Nos riches l'ont bien compris, qui investissent dans des îles artificielles pour échapper au réchauffement ou louent les services d'une société spécialisée dans la sécurité (préparation aux combats urbains, extraction de zones de conflit, exercices de tir ou escortes militarisées). Et dans le même temps, 10% des plus riches sont responsables de 50% des émissions de CO2 (source).

Il s'agit maintenant, à défaut de viser la victoire, de viser l'efficacité. Il s'agit maintenant, non pas d'éviter la catastrophe, mais de chercher à limiter son impact, tout en se préparant à ce que cela ne suffise pas.

Dans ces conditions, que faire ? quels modes d'actions choisir ? Sans doute que tout est bon à prendre. Il nous faut faire feu de tout bois, chacun·e à son poste. Il y a des modes d'actions pour tout le monde, tant que c'est efficace. Ce qu'il nous faut créer c'est cette culture de résistance.

Alors oui, des actions de sensibilisation évidemment, qui ne soient pas simplement des marches, mais qui s'inscrivent dans une stratégie clairement définie, qui montrent l'ennemi.

Des actions hors des systèmes institutionnels, qui n'attendent rien d'eux. A ce titre, le système électoral et l'élection en elle-même sont-ils aujourd'hui à la hauteur de la situation ? de l'urgence ? Et si ils l'étaient, si nous étions suffisamment nombreux·ses, nous laisserait-on faire (à ce sujet, lire le bouquin de Julia Cagé sur le Prix de la démocratie ou cette info de l'Obs selon laquelle "plusieurs personnes appartenant à des cabinets d’avocats, des banques-conseils, toutes rémunérées lors de la vente d'Alstom, se retrouvent également dans la liste des donateurs de la campagne d'Emmanuel Macron").

Mais aussi des occupations, des sabotages, des réappropriations (plantons des arbres, partout).

A nous également de préparer l'après, ce monde sans pétrole, sans Etat.

Deep Green Resistance parle de guerre écologique décisive. C'est bien de ça dont il s'agit. A nous d'être à la hauteur et de profiter de ce qui s'annonce.

Et si dans ce monde de mise en concurrence de chacun·e contre toustes, de surveillance généralisée, de réduction systématique de nos libertés et de la démocratie, de néolibéralisme acharné, de racisme décomplexé, de répressions des luttes, si malgré tout ça, on trouvait enfin une raison de se réjouir : et si la fin du capitalisme c'était pour très bientôt ?


MàJ du 28 juillet 2019 : une stimulante réflexion de François Tisson chez Lundi matin.

Posté par Pensebete à 14:01 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,
08 mai 2019

Khaïs, 15 ans

 Le 9 mars dernier, un jeune de 15 est interpellé par la police française. En guise de torture, les policiers lui recouvrent la tête d'un sac en tissu. C'est Pascale Pascariello qui le raconte sur Mediapart.

 

Après l’avoir violemment plaqué  au sol, frappé au visage, l’un des policiers lui recouvre la tête d’un sac en tissu. «J’ai eu peur de ne plus pouvoir respirer. Je leur ai  dit “arrêtez, enlevez-le-moi !”. Mais ils ont laissé le sac sur ma tête.  J’étais sous le choc ».

Examiné le soir même aux urgences, pour des hématomes au visage et  des douleurs au thorax, Khaïs écope d'une incapacité totale de travail  (ITT) de 5 jours.  Mais le traumatisme le plus important reste le moins visible.

« J’ai peur qu’ils reviennent. Je n’aime pas trop en parler parce que  ça me rappelle le sac sur la tête et c’est très humiliant pour moi. J’ai  pensé que j’allais mourir ».

Le secrétaire général d’Alliance Frédéric Lagache assure que « mettre un sac sur la tête d’un mineur n’est pas problématique, c’est pour le protéger ».

A partir de combien de reportages, de vidéos et de témoignages, pourra-t-on dire que ça fait système ?

Posté par Pensebete à 19:18 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,
23 mars 2019

Christchurch... de France

La France rayonne à l'étranger. Le terroriste islamophobe de Christchurch fait référence à la théroie du grand remplacement popularisé en France par Renaud Camus, à Marine le Pen.

Il est urgent que la presse française prenne conscience de sa responsabilité dans ce massacre terroriste.

UnesIslam

Remettons ces médias en cause à chaque fois qu'ils le méritent (et ils le méritent souvent), eux qui diffusent et normalisent les idéologies d'extrême droite à longueur de unes, qui ouvrent encore et toujours leurs micros à Eric Zemmour ou qui invite Renaud Camus sur France Culture.

Posté par Pensebete à 20:31 - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,
15 février 2019

Mala vida

C'est une chanson qu'on connait toutes et tous, qui nous rempli d'énergie et d'envie de dévorer le monde. Rebecca Manzoni l'a récemment traitée dans sa chronique sur France Inter et ça donne ça :

 

Et pour aller encore plus loin, avec Antoine Chao (journaliste sur France Inter et frère de), ils ont retrouvé et compiler les bandes originales. Et on peut à present écouter et jouer avec tout ça :

Posté par Pensebete à 19:42 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,
01 février 2019

Complotisme

On aurait tort de croire que le complotisme ne frapperait que le bas peuple, celui qui n'aurait pas de culture, qui ne saurait pas réfléchir. Le complotisme frappe allègrement les plus hautes sphères et les plus éminents oligarques. Lordon en a parlé ici et et j'avais envie de documenter ça de mon côté.

A peine décidai-je de créer une page de suivi du complotisme de nos élites qu'Emmanuel Macron si enfonça bien profondément :

Douze semaines après l'embrasement du mouvement des Gilets jaunes, le président de la République pointe la responsabilité des médias, leur « naïveté » face à ce qu'il considère comme une manipulation des extrêmes, avec le concours d'une puissance étrangère.
Selon lui, il est évident que les Gilets jaunes radicalisés ont été « conseillés » par l'étranger. « Les structures autoritaires nous regardent en se marrant, ajoute-t-il. Il ne faut pas se tromper. On est d'une naïveté extraordinaire. [...] Le boxeur, la vidéo qu'il fait avant de se rendre, il a été briefé par un avocat d'extrême gauche. Ça se voit ! Le type, il n'a pas les mots d'un Gitan. Il n'a pas les mots d'un boxeur gitan. Nous n'avons pas construit, comme beaucoup de nations autoritaires, les anticorps au système. Donc, nous, on est des pitres ! La communication officielle ou celle de tous les mouvements traditionnels, elle est très peu active, très peu relayée. Les gens qui sont surinvestis sur les réseaux sont les deux extrêmes. Et après, ce sont des gens qui achètent des comptes, qui trollent. C'est Russia Today, Spoutnik, etc. Regardez, à partir de décembre, les mouvements sur Internet, ce n'est plus BFM qui est en tête, c'est Russia Today. »

Et cela au moment même où on apprenait que son protégé à l'Elysée, Alexandre Benalla, négociait des contrats avec des mafieux russes.

Les médias et les journalistes se défendent pas mal également, ce qui nous vaut quelques jolies perles :

  • Chez Alain Duhamel

A la rescousse de Carlos Ghosn :

  • Chez Challenges

Challenges Février 2019

  • Chez Brice Couturier

Cet éminent journaliste à France Culture voit le mal partout :

Posté par Pensebete à 10:06 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,