Pense bête

07 février 2021

Sluuuuurp (par le JDD)

Bruno

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12 mai 2020

La classe nuisible

C'est Frédéric Lordon (oui encore) qui en parle sur lundimatin : la classe nuisible.

La classe nuisible est l’une des composantes de la classe éduquée, dont la croissance en longue période est sans doute l’un des phénomènes sociaux les plus puissamment structurants. Pas loin de 30% de la population disposent d’un niveau d’étude Bac+2 ou davantage. Beaucoup en tirent la conclusion que, affranchis des autorités, aptes à « penser par eux-mêmes », leur avis compte, et mérite d’être entendu. Ils sont la fortune des réseaux sociaux et des rubriques « commentaires » de la presse en ligne. La chance de l’Europe et de la mondialisation également. Car la classe éduquée n’est pas avare en demi-habiles qui sont les plus susceptibles de se laisser transporter par les abstractions vides de « l’ouverture » (à désirer), du « repli » (à fuir), de « l’Europe de la paix », de « la dette qu’on ne peut pas laisser à nos enfants » ou du monde-mondialisé-dans-lequel-il-va-bien-falloir-peser-face-à-la-Russie-et-aux-Etats-Unis. La classe demi-habile, c’est Madame de Guermantes à la portée d’un L3 : « la Chine m’inquiète ».
La propension à la griserie par les idées générales, qui donnent à leur auteur le sentiment de s’être élevé à hauteur du monde, c’est-à-dire à hauteur de gouvernant, a pour effet, ou pour corrélat, un solide égoïsme. Car la demi-habileté ne va pas plus loin que les abstractions creuses, et ignore tout des conséquences réelles de ses ostentations abstraites. En réalité, elle ne veut pas les connaître. Que le gros de la société en soit dévasté, ça lui est indifférent. Les inégalités ou la précarité ne lui arrachent dans le meilleur des cas que des bonnes paroles de chaisière, en tout cas aucune réaction politique. L’essentiel réside dans les bénéfices de la hauteur de vue, et par suite d’ailleurs la possibilité de faire la leçon universaliste aux récalcitrants. En son fond elle est un moralisme – comme souvent bercé de satisfactions matérielles. Sans surprise, elle résiste à la barbarie en continuant de boire des bières en terrasse – ou, plus crânement encore, en brassant elle-même sa propre bière.

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11 avril 2020

Pas de confinement pour les violences policières

On pouvait naïvement espérer que les violences policières prendraient du repos pendant cette période de confinement. Il n'en est rien. Agressions, violences... jusqu'à entrainer la mort.

A Chanteloup-les-Vignes, des policiers ont tiré au flashball sur une fillette de 5 ans.

A Aubervilliers, Ramatoulaye est tasée et frappée par la police.

Aux Ulis, Sofiane, agent logistique pour Amazon, se fait tabasser par la BAC.

A Aulnay, Houssam qui travaille pour santé Publique France est également victime des humiliations et du racisme de la police.

A Béziers, Mohamed est décédé dans la cours du commissariat.

Le média AJ+ présentait dans une vidéo quelques exemples de ces violences :

Peut-on être vraiment surpris au vu de la violence quotidienne de la police hors période de confinement ? Une enquête de Mediapart montre d'ailleurs le mérpris et le racisme dont font preuve nos policiers :

PoliceRaciste

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06 avril 2020

Allié

La lutte féministe contre le patriarcat est bien vivante et de plus en plus d'hommes cherchent à y contribuer. Comment le faire de manière efficace, et en restant à sa place ? Et pour pousser plus loin : comment être traître à son genre ?

Petite recension au fil de mes lectures/écoutes. Cette recension se place plutôt du point de vue de l'homme blanc cis et hétérosexuel. Mes envies d'agir, mes possibilités et mes stratégies d'action concernant l'intersectionnalité ne sont pas encore très clair ("comment se positionner en tant que pédé ?").

 

Si je suis témoin de violence, de harcèlement... au travail : ne pas jouer les héros, les Zorro, les chevaliers, l'avocat public si la femme ne l'a pas souhaité, ne pas prendre la place des femmes (30:30)

"Je ne viens pas au secours d'une femme, je ne fais pas les choses à sa place mais j'indique qu'à titre personnel ça me dérange".

"En tant qu'homme, je suis gêné et incommodé d'être exposé à une culture machiste, à des comportements mysogines et je vous demande d'arrêter parce que je n'en peux plus".

 

Accompagner une femme auprès de son agresseur (physique, verbale, psychologique...) pour appuyer et soutenir sa démarche en créant du collectif (ce n'est pas une problématique individuelle). (39:40)

En tant qu'homme, ce comportement sexiste me met mal à l'aise. Je n'ai pas envie d'évoluer dans un monde sexiste et d'entendre des blagues sexistes. (40:15)

 

Un homme allié de la cause féministe admet la domination masculine, sait qu'il l'a intériorisé comme étant la norme et s'efforce de se déconstruire. Il accepte les critiques, sait qu'il a des comportements oppressifs et se remet en question lorsqu'on lui dit, sans se vexer.

Ce sont avant tout ses actes qui font d'un homme un allié de la cause féministe. Ça ne suffit pas d'admettre vos comportements oppressifs si vous les reproduisez. Le respect des femmes n'est pas que belles paroles.

 

Le féminisme est bon pour les hommes et pourrait même les libérer des contraintes psychologiques et culturelles que leur imposeraient le patriarcat et le sexisme.

Ne pas parler au nom des féministes, ne pas tenter de tirer avantage (notoriété, légitimité...) de l'engagement féministe.

Réduire notre pouvoir avec les autres hommes, soit la complicité et la solidarité entre hommes (disempowerment).

Francis Dupui-Déri liste dans son article quelques attitudes et comportements particpant du disempowerment des hommes. Ces attitudes et comportements sont systématiquement associés à des désavantages potentiels, à des paradoxes auxquels il convient de prêter attention.

"Laissons leur lutte aux féministes : toujours se rappeler que la lutte féministe est la lutte des femmes, et non la nôtre."

"Nous ne sommes pas essentiels et nous sommes parfois même indésirables.

"N’attendons pas qu’elles nous expliquent : les féministes ont déjà beaucoup à faire, essayons donc de nous informer nous-même au sujet du féminisme et du patriarcat, par des livres, des films et des vidéos ou d’autres sources."

"Choisissons l’écoute active plutôt que la surdité défensive."

"Rappelons-nous que si nous comprenons peut-être le patriarcat, ce sont les femmes qui le subissent: malgré toutes nos réflexions et nos beaux principes, les féministes subissent le patriarcat, et, pour cela, elles comprennent mieux que nous sa nature injuste et destructrice."

"Les bavards, c’est nous : contrairement au sens commun, nous parlons en général plus que les femmes, surtout en présence de femmes, et nous avons tendance à leur couper la parole, à redire ce qu’elles viennent de dire, à parler à leur place, à leur dire ce qu’elles devraient penser et faire, à ramener la discussion à nous et à nos préoccupations."

"Assumer qu’en tant qu’homme dans le patriarcat, nous avons du pouvoir et des privilèges face aux femmes et que des féministes peuvent nous critiquer : il faut admettre que nous avons déjà commis, en tant qu’homme, des injustices envers des femmes, nous en commettons présentement et nous en commettrons dans le futur."

"L’hétérosexualité comme problème : évidemment, éviter la drague manipulatrice, être attentif au consentement, etc."

"Briser la solidarité entre mâles."

 

Sur son blog Crêpe Georgette, Valérie Rey-Robert préconise que les hommes s'attèlent à une tâche lourde : décortiquer le genre masculin. "Diffuser les informations autour des droits des femmes est évidemment très bien comme de relever le sexisme dont elles sont victimes mais l'urgence me parait être dans le fait de travailler sur leurs propres conditionnements. Sans ce travail là - que les femmes ne peuvent faire - les droits des femmes n'avanceront pas."

Quelques pistes proposées :

Ne plus tolérer le sexisme autour de soi.

ous avez peut-être grandi dans une famille où votre mère faisait tout. Cela ne vous avait jamais frappé jusqu'à présent. Essayez de remédier à cela, peu à peu en aidant.

Abandonnez définitivement les "elle m'empêche de faire le ménage" et les "elle me dit qu'elle fait mieux que vous" qui vous arrangent bien.

Beaucoup de complicités masculines passent par l'objectisation des femmes, la moquerie d'hommes considérés comme moins virils (et donc par de l'homophobie). Pour autant il n'est absolument pas nécessaire d’enchaîner les propos sexistes et homophobes pour montrer qu'on est un vrai mec.

Ne jugez pas des loisirs de vos potes, cousins, neveux, enfants.

 

Au boulot !

22 mars 2020

Notes de crise

Il en faudra du temps pour faire le bilan de cette crise sanitaire, de la mondialisation, du fonctionnement de l'hôpital public...

Pour l'heure, je vais déjà tenter de documenter ce que je vois. Ca va être bordélique et désordonné.

  • Les causes écologiques

On apprend maintenant que "le nouveau coronavirus aurait été boosté dans sa propagation par la pollution de l’air et plus précisément par certaines particules fines très présentes dans les zones polluées de Wuhan, de Lombardie, d’Emilie-Romagne et d’autres centres urbains".

  • L'état de la recherche en France

Témoignage : https://www.facebook.com/guillaume.duvalperso/posts/2797256683644806

Je suis Bruno Canard, directeur de recherche CNRS à Aix-Marseille. Mon équipe travaille sur les virus à ARN (acide ribonucléique), dont font partie les coronavirus. En 2002, notre jeune équipe travaillait sur la dengue, ce qui m’a valu d’être invité à une conférence internationale où il a été question des coronavirus, une grande famille de virus que je ne connaissais pas. C’est à ce moment-là, en 2003, [...] que l’Union européenne a lancé des grands programmes de recherche pour essayer de ne pas être pris au dépourvu en cas d’émergence. La démarche est très simple : comment anticiper le comportement d’un virus que l’on ne connaît pas ? Eh bien, simplement en étudiant l’ensemble des virus connus pour disposer de connaissances transposables aux nouveaux virus, notamment sur leur mode de réplication. Cette recherche est incertaine, les résultats non planifiables, et elle prend beaucoup de temps, d’énergie, de patience.
C’est une recherche fondamentale patiemment validée, sur des programmes de long terme, qui peuvent éventuellement avoir des débouchés thérapeutiques. Elle est aussi indépendante : c’est le meilleur vaccin contre un scandale Mediator-bis.
Avec mon équipe, nous avons continué à travailler sur les coronavirus, mais avec des financements maigres et dans des conditions de travail que l’on a vu peu à peu se dégrader.
J’ai pensé aux deux congés maternité et aux deux congés maladie non remplacés dans notre équipe de 22 personnes.
J’ai pensé aux pots de départs, pour retraite ou promotion ailleurs, et aux postes perdus qui n’avaient pas été remplacés.
J’ai pensé aux 11 ans de CDD de Sophia, ingénieure de recherche, qui ne pouvait pas louer un appart sans CDI, ni faire un emprunt à la banque.

Témoignage : https://www.welcometothejungle.com/fr/articles/coronavirus-recherche-traitement-medecine

Un virus, c’est un marché.
Avant que l’épidémie ne survienne, pourquoi les autorités auraient débloqué des fonds pour des virus responsables de la goutte au nez ou des éternuements ? Elles n’en voyaient pas l’intérêt. Surtout qu’en règle générale, quand on commence à écrire un projet de recherche pour trouver des financements, le premier élément qu’on écrit sur le dossier, c’est le nombre de morts dans le monde. L’intérêt de la pathologie varie en fonction de sa gravité : sa diffusion et sa mortalité. Cela fait donc cinq ans que je soumets des projets sur le coronavirus du rhume qui sont tous refusés. Pourtant, lorsque je soumets un projet sur le coronavirus du rhume, ce n’est pas pour soigner le rhume, mais bien pour qu’on s’en serve de modèle pour étudier toute sa famille, dont des virus dangereux plus difficiles à manipuler.
  • Toutes et tous migrant·e·s ?

Les Italiens quittent leur pays pour se réfugier... en Afrique, au risque de propager la maladie. On n'ose imaginer les réactions nos fachos de France si des Camerounais·e·s avaient débarqué dans le pays avec le coronavirus.

  • Les témoignages du personnel soignant

On ne compte plus les appels à l'aide pour du matériels pour protéger nos soignant·e·s.

UMP

 

  • Les conseils

ManuBrigitte RestezChezVous

Difficle d'y voir clair avec toutes ces consignes :

Sortez au théâtre malgré le coronavirus

Envoyez vos enfants à l'école

Gardez vos enfants chez vous, on ferme les écoles

Ne fréquentez plus les bars et les restaurants

Allez voter

Restez chez vous

Continuez de travailler

N'assistez pas à l'enterrement de vos proches

Venez dans les champs pour faire ouvrier agricole

Sans oublier que le 29 février, prétextant un conseil des ministres extraordianire sur le coronavirus, l'exécutif en profitait pour décider du 49.3 sur le projet de loi de casse du système de retraites.

Thread dévastateur :

HannahArendt

Et si le meilleur conseil c'était : partez du principe que vous être porteur sain, et que toutes les personnes que vous aller croiser vivent avec quelqu'un d'immunodéprimé (parce que vous n'avez aucun moyen de vérifier si vous l'êtes ou non) ?

  • La stratégie en France : le confinement

Ce n'est donc ni l'immunité de groupe, ni les tests à grande échelle qui ont été décidés en France mais la stratégie du confinement et de la distanciation sociale.

Pourquoi ? Bêtement pragmatique nous explique cette tribune du Monde, on n'avait pas vraiment le choix :

Logistique

On confine donc, pour ne pas engorger les hôpitaux et les services de réanimation qui n'ont pas les moyens d'accueillir de trop nombreux patients, et parce qu'on n'a pas non plus les moyens de tester massivement la population. C'est une stratégie de la temporisation en quelques sorte, et qui ne présage en rien de la suite.

Parce qu'il va falloir ensuite déconfiner, tout en sachant que si le confinement a correctement fonctionné, peu de gens seront immunisés et donc que l'épidémie peut repartir de plus belle.

La stratégie de déconfinement est donc tout aussi importante.

  • Pleins pouvoirs à la police

Rien de très rassurant : on s'achemine vers des villes vides, à l'exception de milices policières qui patrouillent ("Lorsque la police constitue le seul corps social capable de se rassembler en masse, il n’y a pas d’autre mot que "État policier" pour décrire la forme de société dans laquelle nous vivons"). En particulier à Paris, avec le célèbre préfet de police Didier Lallement :

On ne compte déjà plus le nombre de témoignages d'arrestations et d'amendes arbitraires, bien plus souvent de personnes pauvres (SDF par exemple) ou racisées.

On laisse soigneusement aux flics le soin de décider ce qu'est un achat de première nécessité ou non (serviettes hygiéniques : non), ce qu'est une sortie "aux besoins des animaux de compagnie" (nourrir ses chevaux : non) ou "à proximité du domicile" (faire son jogging ET en profiter pour acheter une baguette : non). Malheur à qui a une attestation qui ne plait pas aux cowboys de la police, y compris quand on est en mission Covid-19 pour Santé publique France.

Une recension des contraventions abusives (quand ce ne sont pas des interpellations violentes) a même été lancée.

Une banale stratégie de répression policière à base d'amendes à 38 euros puis réhaussé à 135 euros (première récidive à 1500 euros et 3 récidive à 3750 euros et 6 mois d'emprisonnement) et finalement augmentée à 200 euros.

On ne corrige pas plus l'amateurisme que la volonté en conscience de détruire l'hôpital public par de la répression.

  • Stratégie du choc ?

Jusqu'où notre gouvernement va-t-il aller ? à quel point va-t-il revenir sur les acquis sociaux des personnes qui travaillent ? Des ordonnances sont en préparation (le parlement n'aura donc pas son mot à dire sur le contenu de ces nouvelles dispositions).

https://www.lejdd.fr/Politique/travail-du-dimanche-conges-payes-repos-obligatoire-ce-que-le-gouvernement-veut-changer-3956280

Dans le cadre des discussions sur ce projet de loi d'état d'urgence sanitaire, nos ministres ont refusé d'aménager l'accès à l'IVG. Comme si ce n'était pas une situation d'urgence. Dans une tribune, des professionnels de l'IVG (!?) appellent à des mesures d'urgence et se disent prêts à défier la loi.

Comme déjà pour la reconstruction de Notre-Dame, c'est au monde militaire qu'on fait appel pour gérer la crise. Ainsi Edouard Philippe a nommé un ancien patron de la gendarmerie, Richard Lizurey, pour une mission d’évaluation de l’organisation interministérielle de la gestion de crise du Covid-19. Pas un épidémiologiste, un psychologue ou un médecin : réponse militaire à un incendie de cathédrale, réponse militaire à une crise sanitaire et politique.

Pendant ce temps, le ministre des comptes publics, Gérald Darmanin, lance une cagnotte pour financer l'hôpital public. Fin de la blague.

Nouvelle conséquence de l'état d'urgence sanitaire, les personnes en détention provisoire (donc présumées innocentes et qui n'a pas encore été jugées) peuvent y être prolongées pour 2 à 3 mois suivant les cas et sans juge ni débat contradictoire (et le Conseil d'Etat n'y trouve rien à redire).

  • Les indispensable·s, leur sort et les autres

Et voilà qu'apparaissent les personnes vraiment indispensables à la bonne marche de notre société : les personnels médicaux évidemment mais aussi les caissières, les éboueurs, les personnels EDF, les paysans, les livreurs, les aides à domiciles, les ouvriers des entrepôts logistiques... toutes celles et ceux oublié·e·s, déconsidéré·e·s (socialement  et économiquement) en d'autres temps.

On en profite pour se voir confirmer (s'il en était besoin) que les infirmi·ères·ers en France sont très mal payé·e·s :

RémunérationInfirmiers

Et pendant ce temps les cadres du privé dont l'inutilité sociale explose au grand jour fuient dans leur résidence secondaire voire réservent des jets privés pour s'échapper (au risque de ne pas respecter l'isolement).

Effectivment tout le monde n'est pas confiné, y compris dans des entreprises non essentielles : Michelin envisage une reprise d'activite, des magasins Mc Donald's restent ouverts.

  •  Le sort des plus faibles

Quelles mesures pour les personnes au chômage qui épuisent leurs droits en ce moment sans pour autant trouver du travail (pas facile pendant cette période de confinement) ? Le gouvernement va-t-il décider de prolonger leurs droits ?

Que fait-on des personnes déjà confinées (en prison, en maison d'arrêt, en centre de rétention administrative...) ?

On sait que les prisons françaises sont surpeuplées et donc que les personnes en détentions sont très très vulnérables compte tenu de la propagation du virus. Face au risque de contamination plusieurs prisonniers se sont rebellés pour dénoncer les conditions d'incarcération. Le ministère de la justice prévoit enfin de libérer quelques détenus pour faire de la place.

Certaines préfectures continuent de placer en CRA, le Conseil d'Etat refusant de les laisser fermés et on continue de délivrer des OQTF !?

Et l'Etat français expulse toujours des migrants, au mépris des précautions sanitaires de limitation des déplacements, quels qu'ils soient. Pas de répit pour les politiques racistes d'expulsion. On limite les déplacements, oui mais pas pour les étrangers. Pendant ce temps-là, le Portugal a décidé de régulariser tous les migrants qui ont déposé un dossier (comme quoi, quand on veut...).

  • L'entraide

 L'entraide internationale n'arrive pas forcément d'où on pouvait l'attendre. La France, grande puissance internationale, n'a pas de masques. Ce sera donc... l'Europe la Chine qui se chargera d'envoyer (un million), suivie de... Cuba et du Venezuela.

La république tchèque "soustrait, les Etats-Unis "détourne" mais la France... "réquisitionne" (doux euphémisme).

Entraide

  • Et après ?

Que va-t-il arriver quand tout ça sera passé, quand le confinement sera terminé ? Nous devons le penser dès maintenant.

Interroger les responsabilités (et les responsables) pour commencer, puisqu'il y en a et elles sont importantes. Une mission d'information est lancée à l'Assemblée nationale présidée par... Richard Ferrand, président de cette même Assemblée nationale (non, ce n'est pas un poisson d'avril).

Comme le dit Mathilde Larrère dans cette émission d'Arrêt sur images : "l'après épidémie sera d'autant plus radieux qu'on sera mobilisé pour qu'il le soit".

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19 mars 2020

Etat d'urgence sanitaire

Suivant la décision du gouvernement, le projet de loi comportait les articles permettant de repousser le second tour des élections municipales, il fallait donc le voter très rapidement, pour ne pas dire dans l'urgence. Oui mais il y avait également les mesures instaurant l'état d'urgence sanitaire (avec restriction des libertés individuelles) et les mesures autorisant le gouvernement à prendre des ordonnances pour faire un peu ce qu'il veut (en particulier en matière de droit du travail).

Le projet de loi est donc passé à l'Assemblée nationale et au Sénat puis publié sous le nom de loi n° 2020-290 du 23 mars 2020 d'urgence pour faire face à l'épidémie de covid-19.

Ce texte de loi est divisé en 3 parties. Une première partie (titre I) met en place l'état d'urgence sanitaire.

L'article 2 instaure l'état d'urgence sanitaire.

L'état d'urgence sanitaire peut être déclaré sur tout ou partie du territoire métropolitain [...] en cas de catastrophe sanitaire mettant en péril, par sa nature et sa gravité, la santé de la population.
L'état d'urgence sanitaire est déclaré par décret en conseil des ministres pris sur le rapport du ministre chargé de la santé. Ce décret motivé détermine la ou les circonscriptions territoriales à l'intérieur desquelles il entre en vigueur et reçoit application. Les données scientifiques disponibles sur la situation sanitaire qui ont motivé la décision sont rendues publiques.
L'Assemblée nationale et le Sénat sont informés sans délai des mesures prises par le Gouvernement au titre de l'état d'urgence sanitaire. L'Assemblée nationale et le Sénat peuvent requérir toute information complémentaire dans le cadre du contrôle et de l'évaluation de ces mesures.
La prorogation de l'état d'urgence sanitaire au delà d'un mois ne peut être autorisée que par la loi, après avis du comité de scientifiques prévu à l'article L. 3131-19.

L'article 4 définit la durée et les conditions de prorogation de l'état d'urgence sanitaire :

Par dérogation aux dispositions de l'article L. 3131-13 du code de la santé publique, l'état d'urgence sanitaire est déclaré pour une durée de deux mois à compter de l'entrée en vigueur de la présente loi.
L'état d'urgence sanitaire entre en vigueur sur l'ensemble du territoire national. Toutefois, un décret en conseil des ministres pris sur le rapport du ministre chargé de la santé peut en limiter l'application à certaines des circonscriptions territoriales qu'il précise.
La prorogation de l'état d'urgence sanitaire au delà de la durée prévue au premier alinéa du présent article ne peut être autorisée que par la loi.
Il peut être mis fin à l'état d'urgence sanitaire par décret en conseil des ministres avant l'expiration du délai fixé au même premier alinéa.

La deuxième partie (titre II) définit les "mesures d'urgence économique et d'adaptation à la lutte contre l'épidémie de Covid-19".

L'article 11 habilite l'exécutif à légiférer par ordonnances pour des dérogations massives au droit en vigueur dans de multiples domaine. La suite des mesures seront donc prises par le gouvernement, sans que le parlement n'ait son mot à dire. Tout ce qui sera décidé par ordonnance, pourra être modifié par ordonnance, toujours sans l'aval du parlement (en particulier par exemple : la date de fin des mesures dérogatoires est dans les mains exclusives de l'exécutif qui n'a pas voulu mettre de date limite dans le texte de loi).

Dans les conditions prévues à l'article 38 de la Constitution, le Gouvernement est autorisé à prendre par ordonnances, dans un délai de trois mois à compter de la publication de la présente loi, toute mesure, pouvant entrer en vigueur, si nécessaire, à compter du 12 mars 2020, relevant du domaine de la loi et, le cas échéant, à les étendre et à les adapter aux collectivités mentionnées à l'article 72-3 de la Constitution  :
1° Afin de faire face aux conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 et aux conséquences des mesures prises pour limiter cette propagation, et notamment afin de prévenir et limiter la cessation d'activité des personnes physiques et morales exerçant une activité économique et des associations ainsi que ses incidences sur l'emploi, en prenant toute mesure :
b) En matière de droit du travail, de droit de la sécurité sociale et de droit de la fonction publique ayant pour objet :
d) Adaptant, aux seules fins de limiter la propagation du covid‑19 parmi les personnes participant à ces procédures, les règles relatives au déroulement des gardes à vue, pour permettre l’intervention à distance de l’avocat et la prolongation de ces mesures pour au plus la durée légalement prévue sans présentation de la personne devant le magistrat compétent, et les règles relatives au déroulement et à la durée des détentions provisoires et des assignations à résidence sous surveillance électronique, pour permettre l’allongement des délais au cours de l’instruction et en matière d’audiencement, pour une durée proportionnée à celle de droit commun et ne pouvant excéder trois mois en matière délictuelle et six mois en appel ou en matière criminelle, et la prolongation de ces mesures au vu des seules réquisitions écrites du parquet et des observations écrites de la personne et de son avocat ;
g) Permettant de reporter ou d’étaler le paiement des loyers, des factures d’eau, de gaz et d’électricité afférents aux locaux professionnels, de renoncer aux pénalités financières et aux suspensions, interruptions ou réductions de fournitures susceptibles d’être appliquées en cas de non‑paiement de ces factures, au bénéfice des très petites entreprises dont l’activité est affectée par la propagation de l’épidémie ;

Cet article aggrave également les sanctions encourues en cas de non respect des différentes mesures de confinement (en particulier peine de 6 mois de prison en cas de récidive afin de permettre des comparutions immédiates).

La violation des autres interdictions ou obligations édictées en application des articles L. 3131-1 et L. 3131-15 à L. 3131-17 est punie de l'amende prévue pour les contraventions de la quatrième classe. Cette contravention peut faire l'objet de la procédure de l'amende forfaitaire prévue à l'article 529 du code de procédure pénale. Si cette violation est constatée à nouveau dans un délai de quinze jours, l'amende est celle prévue pour les contraventions de la cinquième classe.
Si les violations prévues au troisième alinéa du présent article sont verbalisées à plus de trois reprises dans un délai de trente jours, les faits sont punis de six mois d'emprisonnement et de 3 750 € d'amende.

Enfin le titre III traite des dispositions électorales afin de reporter le second tour des élections municipales et de cadrer son organisation.

Article 19 : report des élections

Lorsque, à la suite du premier tour organisé le 15 mars 2020 pour l'élection des conseillers municipaux et communautaires, des conseillers de Paris et des conseillers métropolitains de Lyon, un second tour est nécessaire pour attribuer les sièges qui n'ont pas été pourvus, ce second tour, initialement fixé au 22 mars 2020, est reporté au plus tard en juin 2020, en raison des circonstances exceptionnelles liées à l'impérative protection de la population face à l'épidémie de covid-19. Sa date est fixée par décret en conseil des ministres, pris le mercredi 27 mai 2020 au plus tard si la situation sanitaire permet l'organisation des opérations électorales au regard, notamment, de l'analyse du comité de scientifiques institué sur le fondement de l'article L. 3131-19 du code de la santé publique.

Quelques sources complémentaires :

https://www.publicsenat.fr/article/parlementaire/document-etat-d-urgence-sanitaire-libertes-individuelles-municipales-ce-que

https://www.dalloz-actualite.fr/flash/coronavirus-volet-social-du-projet-de-loi-d-urgence-sanitaire#.XnYISLffuyV

https://twitter.com/clochix/status/1240381453252296704

https://twitter.com/malopedia/status/1240351014076780545


Ce sont donc 25 (!!) ordonnances qui ont été prises par l'exécutif dans le cadre de ce projet de loi.

Lors de l'examen du projet de loi au parlement, à aucun les ministres n'ont souhaité préciser une date de fin des mesures d'ordonnance prises par le gouvernement. Il y a cependant bien une date limite dans les ordonnances, en particulier dans l'ordonnance n° 2020-323 du 25 mars 2020 portant mesures d'urgence en matière de congés payés, de durée du travail et de jours de repos. Par exemple :

"Les dérogations mises en œuvre sur le fondement de cet article cessent de produire leurs effets au 31 décembre 2020."

Oui mais : avec une date limite dans les ordonnances (et non dans le texte de loi), cette date est exclusivement dans les mains du gouvernement. Ce qui a été décidé par ordonnance, peut être modifié par ordonnance sans consultation ou vote du parlement. On s'interroge donc légitimement sur la sincérité du gouvernement.

Article 1

Afin de faire face aux conséquences économiques, financières et sociales de la propagation du covid-19, par dérogation aux sections 2 et 3 du chapitre Ier du titre IV du livre Ier de la troisième partie du code du travail et aux stipulations conventionnelles applicables dans l'entreprise, l'établissement ou la branche, un accord d'entreprise, ou, à défaut, un accord de branche peut déterminer les conditions dans lesquelles l'employeur est autorisé, dans la limite de six jours de congés et sous réserve de respecter un délai de prévenance qui ne peut être réduit à moins d'un jour franc, à décider de la prise de jours de congés payés acquis par un salarié, y compris avant l'ouverture de la période au cours de laquelle ils ont normalement vocation à être pris, ou à modifier unilatéralement les dates de prise de congés payés.
L'accord mentionné au premier alinéa peut autoriser l'employeur à fractionner les congés sans être tenu de recueillir l'accord du salarié et à fixer les dates des congés sans être tenu d'accorder un congé simultané à des conjoints ou des partenaires liés par un pacte civil de solidarité travaillant dans son entreprise.
La période de congés imposée ou modifiée en application du présent article ne peut s'étendre au-delà du 31 décembre 2020.


Article 2

Lorsque l'intérêt de l'entreprise le justifie eu égard aux difficultés économiques liées à la propagation du covid-19, et par dérogation à l'accord ou à la convention collective instituant un dispositif de réduction du temps de travail maintenu en vigueur en application de la loi du 20 août 2008 susvisée ou un dispositif de jours de repos conventionnels mis en place dans le cadre des dispositions prévues aux articles L. 3121-41 à L. 3121-47 du code du travail, l'employeur peut, sous réserve de respecter un délai de prévenance d'au moins un jour franc :
1° Imposer la prise, à des dates déterminées par lui, de jours de repos au choix du salarié acquis par ce dernier ;
2° Modifier unilatéralement les dates de prise de jours de repos.
La période de prise des jours de repos imposée ou modifiée en application du présent article ne peut s'étendre au-delà du 31 décembre 2020.

Article 5

Le nombre total de jours de repos dont l'employeur peut imposer au salarié la prise ou dont il peut modifier la date en application des articles 2 à 4 de la présente ordonnance ne peut être supérieur à dix.

Article 6

Dans les entreprises relevant de secteurs d'activités particulièrement nécessaires à la sécurité de la Nation et à la continuité de la vie économique et sociale, déterminés par décret et, le cas échéant, par dérogation aux stipulations conventionnelles applicables :
1° La durée quotidienne maximale de travail fixée à l'article L. 3121-18 du code du travail peut être portée jusqu'à douze heures ;
2° La durée quotidienne maximale de travail accomplie par un travailleur de nuit fixée à l'article L. 3122-6 du code du travail peut être portée jusqu'à douze heures, sous réserve de l'attribution d'un repos compensateur égal au dépassement de la durée prévue à ce même article ;
3° La durée du repos quotidien fixée à l'article L. 3131-1 du code du travail peut être réduite jusqu'à neuf heures consécutives, sous réserve de l'attribution d'un repos compensateur égal à la durée du repos dont le salarié n'a pu bénéficier ;
4° La durée hebdomadaire maximale fixée à l'article L. 3121-20 du code du travail peut être portée jusqu'à soixante heures ;
5° La durée hebdomadaire de travail calculée sur une période quelconque de douze semaines consécutives fixée à l'article L. 3121-22 du code du travail ou sur une période de douze mois pour les exploitations, entreprises, établissements et employeurs mentionnés aux 1° à 4° de l'article L. 722-1 et aux 2°, 3° et 6° de l'article L. 722-20 du code rural et de la pêche maritime et ayant une activité de production agricole, peut être portée jusqu'à quarante-huit heures ;
6° La durée hebdomadaire de travail du travailleur de nuit calculée sur une période de douze semaines consécutives fixée à l'article L. 3122-7 du code du travail peut être portée jusqu'à quarante-quatre heures.
Les dérogations mises en œuvre sur le fondement de cet article cessent de produire leurs effets au 31 décembre 2020.

Article 7

Sans préjudice des dispositions de l'article L. 3132-12 du code du travail, les entreprises relevant de secteurs d'activités particulièrement nécessaires à la sécurité de la Nation et à la continuité de la vie économique et sociale, déterminés par décret, peuvent déroger à la règle du repos dominical fixée à l'article L. 3132-3 du même code en attribuant le repos hebdomadaire par roulement.
Cette dérogation s'applique également aux entreprises qui assurent à celles mentionnées au premier alinéa des prestations nécessaires à l'accomplissement de leur activité principale.
Les dérogations mises en œuvre sur le fondement de cet article cessent de produire leurs effets au 31 décembre 2020.

Autre ordonnance prise par le gouvernement (et en l'occurrence ici par Bruno Lemaire, ministre de l'économie et des finances), une ordonnance relative à l'adaptation des délais et des procédures applicables à l'implantation ou la modification d'une installation de communications électroniques. Que permet cette ordonnance ? Elle autorise l'installation d'antennes sans autorisation préalable. Tout est expliqué dans cet article de Laury-Anne Cholez sur Reporterre.

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24 février 2020

Viril

Il y a des livres coups de poing. Et il y a également des spectacles coups de poing. On en sort sonné, les yeux rougis, profondément touché et en même temps plein d'une émotion réconfortante parce que partagée et mobilisatrice. Ce fut le cas à l'occasion du spectacle Viril, lectures de textes par Béatrice Dalle, Casey et Virginie Despentes sur fond de musique punk par le groupe Zëro.

Tentative de recension des textes lus ci-dessous, pas forcément dans l'ordre du spectacle.

J'écris de chez les moches, pour les moches, les vieilles, les camionneuses, les frigides, lesmal baisées, les imbaisables, les hystériques, les tarées, toutes les exclues du grand marché à labonne meuf. Et je commence par là pour que les choses soient claires; je ne m'excuse de rien, je neviens pas me plaindre. Je n'échangerais ma place contre aucune autre, parce qu'être Virginie Despentes me semble être une affaire plus intéressante à mener que n'importe quelle autre affaire

Bad lieutenantes, Virginie Despentes, lecture par Béatrice Dalle

 

Je n’ai jamais été ce qu’on appelle une bonne fille. Je suis née en guerre contre l’ordre patriarcal, personne ne pourra me faire taire. Je ne pouvais qu'être féministe. Je ne suis pas là pour plaire.

Devenir perra, Itziar Ziga, lecture par Virginie Despentes

 

L'homosexualité est un sniper silencieux qui colle une balle dans le cœur des enfants dans les cours de récréation, il vise sans chercher à savoir s’ils sont gosses de bobos, d’agnostiques ou de catholiques intégristes. J’avais 3 ans quand pour la première fois j’ai senti le poids de la balle. J’ai su que je la portais en entendant mon père traiter de sales gouines dégueulasses deux filles étrangères qui marchaient en se donnant la main dans la rue. Ma poitrine s’est mise à brûler.

Homosexualité, transsexualité: nous sommes partout, Paul B. Preciado, lecture par Casey

 

Il semblerait que la droite républicaine française ait une fois de plus décidé de protéger la liberté des femmes en restreignant leurs droits les plus fondamentaux. Bien que les chiffres concernant les agressions, les viols, les abus et les féminicides indiquent que plus de la moitié des formes de violence à l’égard des femmes se produisent dans la sphère domestique et sont le fait de leur propre père, mari, petit ami ou proche, le gouvernement n’a pas décidé d’interdire le mariage hétérosexuel, mais d’interdire aux femmes, surtout aux femmes prolétaires et migrantes, salariées par les familles blanches, le port du voile lors des sorties scolaires.

Voiles souverains, Paul B. Preciado, lecture par Virginie Despentes

 

Je veux une gouine comme Présidente. Je veux qu’elle ait le sida, je veux que le Premier ministre soit une tapette qui n’a pas la sécu, qu’il ait grandi quelque part où le sol est tellement plein de déchets toxiques qu’il n’a aucune chance d’échapper à la leucémie. Je veux une présidente de la République qui a avorté à 16 ans, une candidate qui ne soit pas la moindre des deux maux ; je veux une présidente de la République dont la dernière amante est morte du sida, dont l’image la hante à chaque fois qu’elle ferme les yeux, qui a pris son amante dans ses bras tout en sachant que les médecins la condamnent.

I want a dyke for president, Zoé Léonard, lecture par Béatrice Dalle

 

Le racisme. Croyance en la supériorité intrinsèque d’une race sur toutes les autres, et ainsi en son droit à dominer, manifeste et implicite.Les femmes répondent au racisme. Ma réponse au racisme est la colère. J’ai vécu avec cette colère, en l’ignorant, en m’en nourrissant, en apprenant à m’en servir avant qu’elle ne détruise mes idéaux, et ce, la plus grande partie de ma vie. Autrefois, je faisais tout cela en silence, effrayée par le poids d’un tel fardeau. Ma peur de la colère ne m’a rien appris. Votre peur de cette colère ne vous apprendra rien, à vous non plus.
La réponse des femmes au racisme signifie qu’elles répondent à la colère ; colère de l’exclusion, des privilèges immuables, des préjugés raciaux, du silence, des mauvais traitements, des stéréotypes, des réactions défensives, des injures, de la trahison, et de la récupération. [...]
La colère est une réaction appropriée face aux comportements racistes, comme l’est la fureur lorsque les actes issus de tels comportements ne changent pas. Aux femmes ici présentes qui craignent plus la colère des femmes de Couleur que leurs propres comportements racistes intériorisés, je demande : est-ce que la colère des femmes de Couleur est plus menaçante que cette haine des femmes qui imprègne tous les aspects de nos vies ? [...]
Je ne peux pas cacher ma colère pour vous éviter la culpabilité, ni blesser les sentiments, ni répondre à la colère ; parce qu’agir ainsi c’est insulter et banaliser tous nos efforts. La culpabilité n’est pas une réponse à la colère ; c’est une réponse à nos propres actions, ou à une absence d’action. Si la culpabilité mène au changement, alors elle peut être utile puisqu’il ne s’agit plus de culpabilité mais du début de la connaissance. Cependant, trop souvent, la culpabilité est l’autre nom de la faiblesse, l’autre nom d’une réaction défensive qui détruit toute communication ; elle devient stratagème abritant l’ignorance et perpétuant les choses telles qu’elles sont, rempart ultime contre tout changement. [...]
Tourner le dos à la colère des femmes Noires, avec l’excuse ou le prétexte d’être intimidée, ne donne aucune force à quiconque - c’est uniquement une autre façon de préserver les oeillères raciales, le pouvoir des privilèges établis, intouchables, intacts. La culpabilité n’est qu’une autre façon de nous traiter en objet. On demande toujours aux peuples opprimés de tendre un peu plus la joue, de construire un pont entre aveuglement et humanité. On attend des femmes Noires qu’elles mettent leur colère au service exclusif du salut des autres, ou de leur information. Mais cette époque est révolue. Ma colère m’a été douloureuse, mais elle m’a aussi permis de survivre ; et avant de m’en défaire, je vais m’assurer que sur le chemin de la clarté, il existe au moins quelque chose d’aussi puissant pour la remplacer.

De l'usage de la colère : la réponse des femmes au racisme, Audre Lorde, lecture par Casey

 

Vivre dans cette société, c’est au mieux y mourir d’ennui. Rien dans cette société ne concerne les femmes. Alors, à toutes celles qui ont un brin de civisme, le sens des responsabilités et celui de la rigolade, il ne reste qu’à renverser le gouvernement, en finir avec l’argent, instaurer l’automation à tous les niveaux et supprimer le sexe masculin.

Grâce au progrès technique, on peut aujourd’hui reproduire la race humaine sans l’aide des hommes (ou d’ailleurs sans l’aide des femmes) et produire uniquement des femmes ; conserver le mâle n’a même pas la douteuse utilité de permettre la reproduction de l’espèce. Le mâle est un accident biologique ; le gène Y (mâle) n’est qu’un gène X (femelle) incomplet, une série incomplète de chromosomes. En d’autres termes, l’homme est une femme manquée, une fausse couche ambulante, un avorton congénital. Être homme c’est avoir quelque chose en moins, c’est avoir une sensibilité limitée. La virilité est une déficience organique, et les hommes sont des êtres affectivement infirmes. L’homme est complètement égocentrique, prisonnier de lui-même, incapable de partager, ou de s’identifier à d’autres ; inapte à l’amour, à l’amitié, à l’affection, la tendresse. Cellule complètement isolée, incapable d’établir des relations avec qui que ce soit, ses enthousiasmes ne sont pas réfléchis, ils sont toujours animaux, viscéraux, son intelligence ne lui sert qu’à satisfaire ses besoins et ses pulsions. Il ne connaît pas les passions de l’esprit ni les échanges mentaux ; il ne s’intéresse qu’à ses petites sensations physiques. Il n’est qu’un mort-vivant, un tas insensible, et pour ce qui est du plaisir et du bonheur, il ne sait ni en donner ni en recevoir. Au mieux de sa forme, il ne fait que distiller l’ennui, il n’est qu’une bavure sans conséquence, puisque seuls ont du charme ceux qui savent s’absorber dans les autres. Emprisonné dans cette zone crépusculaire qui s’étend des singes aux humains, il est encore beaucoup plus défavorisé que les singes parce que, au contraire d’eux, il présente tout un éventail de sentiments négatifs - haine, jalousie, mépris, dégoût, culpabilité, honte, blâme, doute - pis encore, il est pleinement conscient de ce qu’il est et de ce qu’il n’est pas.

SCUM manifesto, Valérie Solanas, lecture par Béatrice Dalle (?)

 

Chère Theresa,
Je suis allongée sur mon lit ce soir et tu me manques. J’ai les yeux tout gonflés. Des larmes chaudes coulent sur mon visage. Un violent orage éclate dehors, illuminé d’éclairs. [...]
Ce soir, je me souviens de la fois où j’ai été embarquée seule dans un coin louche. Je vois déjà ton visage se crisper, mais je dois te le dire. C’était le soir où on avait fait cent-cinquante bornes pour aller voir des amies qui ne sont jamais venues. Quand la police a fait irruption dans le bar, on était « seules ». Le flic avec un écusson en or sur son uniforme est venu droit sur moi et m’a dit de me lever. Pas étonnant, j’étais la seule il-elle à cet endroit ce soir-là.
Il a passé les mains partout sur mon corps, a tiré l’élastique de mon slip Jockey et a dit à ses hommes de me mettre les menottes – je n’avais pas les trois vêtements féminins sur moi. J’ai voulu me battre à ce moment-là. Parce que je savais qu’après ce serait trop tard. Mais je savais aussi que tout le monde allait se faire tabasser si je réagissais, alors je n’ai pas bronché. J’ai vu qu’ils t’avaient mis les bras dans le dos et passé les menottes. Un flic avait un bras en travers de ta gorge. Je me rappelle ton regard. Ça me fait encore mal aujourd’hui.
Ils ont tellement serré les menottes, avec les mains dans le dos, que j’en ai presque pleuré. Puis, avec un rictus, le flic a descendu sa braguette très lentement et m’a ordonné de me mettre à genoux. D’abord, j’ai pensé : « Je ne peux pas. » Ensuite, j’ai dit à haute voix, pour moi-même, pour lui, pour toi : « Non, je ne le ferai pas ! » Je ne te l’ai jamais dit, mais quelque chose a basculé en moi à cet instant. J’ai appris la différence qu’il y avait entre ce que je ne pouvais pas faire et ce que je refusais de faire.
J’ai payé le prix fort pour cette leçon. Est-ce que je t’avais raconté tous les détails ? Certainement pas. [...]
J’ai passé des heures à t’écrire cette lettre. Mes côtes me font encore mal de mon dernier passage à tabac. Tu connais ça.
Je n’aurais jamais pu survivre aussi longtemps si je n’avais pas connu ton amour. Encore maintenant, ton absence me fait souffrir, et j’ai tellement besoin de toi.

Lettre à Theresa, chapitre 1 de Stone butch blues,  Leslie Feinberg, lecture par Virginie Despentes

 

Manque encore :

01 janvier 2020

Bonne résolution 2020

Repenser mon rapport à l'alcool

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28 décembre 2019

Sluuuuurp (par France TV Info)

Banale banalisation de l'extrême-droite par lémédia via une glamourisation de Marion Maréchal Le Pen. Tout en effectuant un tout autre choix iconographique pour François Ruffin.

LePenRuffin

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27 novembre 2019

Gay friendly

Tu n'es pas gay friendly quand tu considères que l'orientation sexuelle n'est pas "importante", qu'on s'en fout que je suis homosexuel.

Tu n'es pas gay friendly si tu penses que l'homosexualité n'est pas contre-nature puisqu'elle existe chez les animaux.

Tu n'es pas gay friendly si tu présupposes que je suis (ou pourrais être) en couple avec une femme.

Tu n'es pas gay friendly si tu me parles de "ma copine".

Tu n'es pas gay friendly si tu utilises l'insulte "enculé".

Tu n'es pas gay friendly si tu m'invisibilises.

Tu n'es pas gay friendly quand tu me racontes avec des regards appuyés et complices comment tu as baisé cette fille la nuit dernière.

Tu n'es pas gay friendly quand tu forces tes sourires entendus parce que je déjeune avec une fille.

Pour prolonger, ce podcast de Camille : Etre gay friendly ne suffit pas.

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